Faudra-t-il que tout le monde ait peur ?

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Je viens de redécouvrir un petit livre de Gil Pidoux publié dans les années 1990. Les évènements de ces années-là étaient (déjà) dramatiques et inquiétants. Il a noté les pensées qui lui venaient à l'esprit en assistant à ce qui se passait au jour le jour. Son regard lucide et sa plume affutée donnent naissance à des mots qui gardent hélas toute leur actualité. En voici quelques lignes à titre d'exemple:

Cette terre qui nous est prêtée, qu’en fait-on ?
Comment la rendrons nous à ceux qui en attendent l'héritage ?
Quelle ruine leur laisserons-nous ?
Quelle pollution, quel ravage ?
Qu’au moins se pose la question.

Quant aux armes, nous les laisserons en bien assez grand nombre à nos descendants,
qui s’empresseront de les perfectionner.
À moins qu’ils n’aient compris…

Faudra-t-il que tout le monde ait peur, un jour, profondément peur, pour comprendre la fragilité naturelle de notre sort commun ? Faut-il souhaiter le prologue d'une apocalypse pour qu'on se refuse enfin à envisager de passer aux actes suivants ? Le faudra-t-il ?

Deviendrons-nous enfin les visiteurs fraternels de nos propres différences ?

Aucune paix jamais ne reposera sur la béatitude des bonnes intentions, mais sur une attention qui, respectant les autres se respecte elle-même. Tant de chemins possibles, tant d'aiguillages possibles pour entreprendre la rencontre et saluer en l'autre l'éphémère vivant que nous sommes nous-mêmes...

Journal de quelques guerres invisibles, éditions Ouverture 1995, pp 54-55

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Commentaires

  • Philippulus le Prophète l'avait bien dit: “Méfiez-vous les uns des autres.”
    La pandémie n'est pas terminée que déjà tout est reparti comme avant.
    La faut à qui? La faute aux autres, bien sûr.

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