17/09/2018

Des résistants de l'espérance !

agora.jpgEn octobre 1988, dans l’ancienne chapelle de l’Abbaye de Presinge, devenue entretemps un des centres d’hébergement pour des requérants d’asile, a eu lieu une célébration œcuménique pour marquer la création de l’Aumônerie genevoise œcuménique des réfugiés et à l’aéroport (AGORA). Cette mission était confiée par les églises genevoises au pasteur Jacky Corthay, à Sœur Bernadette Porte, à  moi-même et à un Conseil présidé par Rémy Wyler.

30 ans « aux côtés des réfugiés » pour reprendre le titre du premier mémorandum des Eglises suisses en 1985, c’est la démonstration d’un courage, d’une ténacité et d’une fidélité dans une situation où tout pourrait nous entraîner au découragement, à la résignation voire à l’abandon d’une mission « impossible » ! Mais qu’est-ce qui est impossible ? Certes l’AGORA ne peut pas faire des miracles. Mais le mandat qu’elle a reçu l’invite à croire que rester présente sur ce terrain, auprès de femmes, d’hommes et d’enfants confrontés aux incertitudes et aux injustices, garde toute sa valeur.

J’ai retrouvé dernièrement un article que j’avais écrit pour les Nouvelles du Centre Social Protestant en 1993 en lien avec une campagne montée par le canton sur le thème Genève gagne ! Dans une liste de termes déclinés mois après mois pour évoquer le dynamisme de Genève, il y avait la solidarité. Mais elle était mentionnée en queue de liste ! J’avais alors affirmé que nous sommes invités, témoins de l’Evangile ou autres défenseurs des droits humains, à renverser l’ordre des priorités : la solidarité est première ! J’écrivais ensuite : « Elle n’est pas un luxe ou une affaire de bons sentiments. C’est une affaire de survie et une affaire de cœur ! Si l’ensemble de nos comportements personnels, sociaux, économiques et politiques ne sont pas inspirés par la solidarité, Genève ne gagnera pas… La solidarité exige aussi réflexion et action, pas l’une sans l’autre. Le risque est grand de sombrer dans des discours creux ou dans un activisme débridé. Dans un cas comme dans l’autre, le découragement et l’épuisement menacent.

La solidarité se construit à long terme car, en ce monde habité par la course au pouvoir, à l’avoir et au savoir, il faut toujours apprendre à convertir nos regards vers l’essentiel : la rencontre avec l’Autre. C’est dans sa rencontre, au-delà de nos égoïsmes et de nos peurs, que se jouent nos vies. Si nous croyons atteindre le bonheur par le repli et l’accumulation, nous nous retrouverons bientôt barricadés dans nos angoisses et encerclés par la misère de celles et de ceux qui sont à nos portes… »

 Je ne pense pas avoir été entendu par le plus grand nombre. Mais du côté de l’AGORA et dans certains autres lieux on a continué à y croire et à agir en conséquence, en gardant le pied dans la porte et en permettant à un peu de lumière de se répandre sur les visages et dans les cœurs. Merci à ceux qui aujourd’hui sont sur la brèche aux côtés des réfugiés et en compagnie de Celui qui a dit qu’il est venu apporter une bonne nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération, renvoyer libres les opprimés (Luc 4.18-19). Ce n’est pas encore gagné, mais vous êtres des résistantes et des résistants de l’Espérance !

Commentaires

Etre mystique ne répond pas à l'intransigeance de la réalité.
Et pour paraphraser, puisque vous citez la bible, il ne faut pas donner du poisson, mais leur apprendre à pêcher.

En réalité, ces migrants sont plus proches de ceux qui ont besoin d'apprendre à pêcher que des opprimés. Et je ne parle même pas des opportunistes qui ne respectent pas le pays d'accueil puisqu'ils sont là que pour faire du pognons légalement ou illégalement.

En ne faisant pas cette différence, vous pénalisez le futur.

L'Europe devrait être qu'une étape qui permettrait à des migrants de retourner chez eux avec des acquis. Votre vision à court terme, de cette vision post-colonial naïve ne va pas aider au développement économique de pays africains qui devrait être pourtant le premier but.

"L'enfer est pavé de bonnes intentions". C'est ce que symbolise l'ouverture des frontière.

Écrit par : motus | 17/09/2018

Je parlais ici prioritairement des personnes qui ont besoin de protection, Par ailleurs je me pose la question: « Qu’est-ce que la réalité »? Celle de ceux qui ont besoin d’asile parce que justement ils vivent un enfer, n’est-elle pas aussi valable que d’autres réalités qu’on leur oppose? Au nom de quels principes et de quelles valeurs? Pour moi la seule réalité qui compte, c’est la dignité de chaque être humain et le respect de son humanité.

Écrit par : Maurice Gardiol | 17/09/2018

"Proclamer aux captifs la libération", hélas, n'est pas une bonne nouvelle apportée à ceux qui n'ont pas les moyens de quitter leurs lieux de souffrance, de misère et de faim, de guerres, de violences et de tant d'autres tribulations.

Seul un changement des mentalités "au-delà de nos égoïsmes et de nos peurs (…) de repli et d'accumulation" serait l'issue… la sortie d'impasse d'un tel cruel labyrinthe. En Eglise nous demandions au Christ d'augmenter en nous la foi, l'espérance et la charité.
Pourquoi ne pas compléter par le "sens du partage et la grâce du pardon"!? à faire également pénétrer d'URGENCE en l'entendement... au plus profond du coeur de nos enfants...évidemment sensibles (et perspicaces!) à l'exemple-témoignage que nous leur apportons!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/09/2018

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