01/10/2017

La parabole des géantes

Les voici reparties après avoir enthousiasmé des dizaines de milliers de personnes dans  les rues de notre cité et en avoir fait grogner quelques autres dans les bouchons ou aux arrêts TPG. Pour ma part,  je me suis demandé quel miroir nous tendaient ces deux géantes sympathiques.

La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est que nous avions face à nous, comme des très grandes, une petite fille et une vieille, deux figures féminines et emblématiques de ce qui dans notre monde est considéré comme petit, dépendant et le plus souvent tenu à l’écart voire discriminé. Certes on dit que l’enfant dans notre société de consommation est « roi », mais c’est un « roi-jouet » qui n’est pas toujours considéré comme une personne à part entière. Quant aux vieux, surtout lorsqu’ils deviennent dépendants et fragiles, ils sont de plus en plus regardés comme une charge plutôt que comme une ressource dans une société qui mise tout sur le progrès, l’efficacité et la recherche du profit maximum.

Avec les géantes, les adultes sont des lilliputiens et il y a beaucoup d’hommes qui tirent les ficelles malgré leurs petites tailles. Bien sûr sans eux la petite fille et la grand-mère ne pourraient pas marcher. Mais ce sont eux qui leur disent où aller, que faire, quand se reposer et quand se réveiller. Ces adultes-là sont ceux qui savent et qui dirigent, qui orientent leurs marionnettes comme bon leur semble.

Dans la vraie vie serait-il possible d’inverser quelque peu les choses et faire que ces fils qui peuvent manipuler les autres, puissent être des liens qui relient aux fondamentaux indispensables à une vie apaisée avec les autres et avec le monde ?  L’enfant peut nous apprendre à retrouver l’esprit de confiance, la créativité et un regard débarrassé de tous les préjugés accumulés tout au long de nos existences. La personne âgée, dans la mesure où elle est confrontée à de nouvelles fragilités, à sa finitude et à la mort, peut ,elle aussi, nous apporter une autre vision, une sagesse et un questionnement sur ce qui finalement donne sens à notre vie. Enfin, ces femmes, la petite et la vieille,  nous  interpellent sur sur la contradiction qu’il y a lorsque nous maintenons tant d’inégalités envers elles alors que ce sont elles qui portent et qui donnent la vie.

Tout cela peut sembler un peu tiré par les ficelles ! Mais n’est-ce pas un message que nous pourrions garder de ce week-end pour nous aider à grandir ?

Commentaires

Excellente réflexion! Décidément ces géantes auront eu du bon!
J'apprécie votre parallèle avec le fait que des humains tirent les ficelles d'autres. C'est une vision subtile mais tellement vraie!
Vous soulignez cette distinction entre l'enfant-roi et l'enfant-objet. On peut constater effectivement qu'on laisse faire un enfant tant qu'il ne dérange pas, même s'il se fait du mal à lui-même, par exemple en restant scotché sur un jeu vidéo, se privant de toute une activité saine au développement de son être global.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 02/10/2017

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