03/04/2017

Se rencontrer et dialoguer pour surmonter nos peurs de l’autre, semblable et différent

Il y a une quinzaine de jours, dans le cadre des rencontres de Carême, catholiques, protestants, musulmans et personnes d’autres convictions ont assisté ensemble au temple de Plan-les-Ouates à une représentation de la pièce « Pierre & Mohamed » .[i] Elle parle de l’amitié qui liait Pierre Claverie, évêque d’Oran, et son jeune chauffeur musulman, Mohamed. Tous deux ont été tués par une bombe placée à la porte de l’évêché en mars 1996.

 Ce texte nous rappelle des paroles fortes de Pierre Claverie qui gardent toutes leur actualité. Lui qui avait passé son enfance en Algérie est amené à se poser la question pourquoi, durant toute son enfance, « étant chrétien – pas plus que les autres – fréquentant les églises – comme d’autres – entendant des discours sur l’amour du prochain, jamais je n’avais entendu dire que l’Arabe était mon prochain. Peut-être l’avait-on dit, mais je n’avais pas entendu. Alors je me suis dit : désormais, plus de murs, plus de fractures. Il faut que l’autre existe, sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet…

Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive…

… J’ai acquis la conviction personnelle qu’il n’y a d’humanité que plurielle et que, dès que nous prétendons posséder la vérité ou parler au nom de l’humanité… nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion. Nul ne possède la vérité, chacun la recherche…  Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu, mais je n’ai pas la prétention de le posséder, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu. On ne possède pas la vérité et j’ai besoin de la vérité des autres…

C’est animé de cette même conviction que nous préparons à Plan-les-Ouates, en lien avec la Plateforme interreligieuse de Genève, une nouvelle rencontre interculturelle et interreligieuse le samedi 20 mai prochain. Elle fait suite à un rallye vécu l’année dernière déjà qui nous a permis de découvrir la richesse de nos diversités au sein d’une cité en plein développement. Associations culturelles, folkloriques, musicales ou sportives, au même titre que les communautés religieuses, animent la vie d’un quartier, d’une région et il est bon de susciter des rencontres pour construire des ponts, faire tomber des murs et tisser les liens du vivre ensemble.

Certains pensent que dialoguer avec des personnes d’autres convictions ou d’autres religions serait un signe de faiblesse. Au contraire je sais que pour celles et ceux qui s’y engagent, c’est au contraire un signe de force, car ils sont suffisamment bien dans leurs propres convictions pour ne pas craindre d’accueillir et de mieux connaître les autres. Distiller la peur, la rumeur et la haine rendent impossibles des rencontres apaisées et l’écoute les uns des autres. Cela fait  au contraire le lit de l’exclusion, de la discrimination et de la radicalisation. Sachons ne pas tomber dans le piège qu’ils nous tendent et, comme l’affirmait Albert Camus : « L’honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous-produits. »[ii]

 

[i]  écrite par Andrien Candiard et créée en 2011 au Festival d’Avignon

[ii] in Actuelles : Ecrits politiques, Gallimard 1950, p. 182