30/07/2014

Le respect des minorités en péril

Dans le préambule de la nouvelle constitution genevoise, il est affirmé que nous souhaitons un Etat « fondé sur les décisions de la majorité et le respect des minorités ». A voir les évènements tragiques qui se déroulent sous nos yeux dans le monde, je pense que les constituants dont j’étais auraient dû mettre le respect des minorités comme condition première.

Il est en effet facile aux majorités d’imposer leurs choix et leurs lois. Mais si nous voulons que cela ne se fasse pas au détriment de la paix sociale et ne débouche pas sur des discriminations sources d’injustices et d’exclusions, ces majorités doivent absolument s’engager à reconnaître les minorités, respecter leurs libertés fondamentales en matière d’expression, de croyance ou de religion. Elles doivent faire preuve de leurs responsabilités en garantissant, sans aucun compromis, la dignité humaine de chaque personne, qu’elle que soit son origine, son statut ou sa condition.

Ce qui complique les choses c’est qu’il y a me semble-t-il des majorités de droit, démocratiquement élues, et des majorités de fait qui s’imposent par la force et la violence. On attribue parfois les causes de l’émergence de ces mouvements intégristes à des injustices préalablement commises par les pouvoirs en place. Certes, mais ceci n’excuse en rien les abus de ces fanatiques envers d’autres minorités qui ne partagent pas leurs convictions politiques ou religieuses et qui le plus souvent exploitent la misère des gens pour parvenir à leurs fins.


La laïcité de l’Etat devrait permettre de garantir les libertés religieuses. Mais ce n’est pas une panacée universelle, d’autant plus que des discours à caractère religieux sont le plus souvent détournés par des potentats avides de pouvoir qui en réalité n’ont rien à faire du message essentiel des religions. Ce que le récent Appel pour la paix au Proche-Orient lancé par la Plateforme interreligieuse de Genève et l’Association de l’Appel spirituel de Genève, signé par maintenant une centaine de personnes de diverses sensibilités et convictions, réaffirme avec force.

Si cet appel a été lancé il y a quelques semaines en lien avec le conflit actuel dans la Bande de Gaza, il concerne toutes les situations dans lesquelles cette même argumentation est utilisée pour justifier l’injustifiable. Trop de personnes et de populations sont victimes de cette volonté d’exclure des minorités qui pensent ou agissent autrement tout en respectant le droit. C’est le cas actuellement des Chrétiens en Orient (à Mossoul ou ailleurs), de musulmans sunnites dans certaines régions, de chiites, de bahaïs ou de bouddhistes dans d’autres, des jeunes-filles du Nigéria qui souhaitent pouvoir s’instruire, de Somaliens qui tentent de reconstruire leur état, etc. La liste serait hélas trop longue pour que je puisse en établir une qui serait exhaustive.

Pour en revenir à mon propos initial, il me semble que tous Les fanatismes religieux et politiques trouvent leur origine dans une forme de rejet des minorités accompagnés par des lectures fondamentalistes de textes religieux ou des discours populistes d’une réalité socio-politique. Il importe de résister de manière non-violente mais ferme à toutes ces dérives, y compris dans nos pays démocratiques et même dans leurs expressions « politiquement correctes » car elles portent en germe les pires maux pour l’avenir de notre humanité. La meilleure arme pour les combattre reste la formation, la justice sociale et l’égalité des chances, l’apprentissage au respect des personnes et des cultures. Il faut savoir y mettre les moyens dans nos politiques et soutenir les organismes et les associations qui œuvrent dans ce sens.

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