19/02/2013

De la démesure

Nous sommes entrés depuis une ou deux décennies dans le règne de la démesure, probable conséquence d’une mondialisation plus motivée par la recherche d’une maximisation des profits que par le désir d’une meilleure solidarité entre les peuples et les générations.

Cette dérive progressive nous a entrainés dans des crises des systèmes bancaires et économiques qui auraient pu constituer une sérieuse sonnette d’alarme et mobiliser les responsables politiques et le monde de la finance et de l’économie à entamer des réformes en profondeur.

Malheureusement les changements envisagés n’ont probablement traité que des symptômes et non les causes profondes de ces dysfonctionnements.


Une fois de plus nous sommes préoccupés par le court terme et nous négligeons ce qui doit se construire dans la durée pour permettre un retour à de justes équilibres. Les mesures d’austérité drastiques imposées pénalisent les populations, fragilisent les politiques sociales et les investissements à long terme pour lutter contre d’autres dérèglements dramatiques au niveau de l’emploi, du logement, de l’énergie ou du climat.

Par contre, rien n’a été entrepris pour empêcher le développement de ces maisons de jeux que sont devenues les bourses, manipulées par des actionnaires anonymes et volatiles toujours à la recherche de la démesure pécuniaire sans préoccupation pour les conséquences sociales et environnementales de leur course effrénée aux bénéfices. Et pour ma part, n’en déplaise aux fans de Rodger Federer, je n’ai non plus aucune indulgence sur ce sujet pour le monde du sport qui à sa manière participe aux démesures de notre temps, quitte pour certains à recourir au dopage et aux paris truqués.

C’est la loi du marché, nous dit-on. Non, c’est la loi de la jungle ! Comme un certain nombre d’économistes et de philosophes éclairés nous le dit, pour que le marché fonctionne, il a besoin de règles. C’est aussi ce que le Président Roosevelt avait défendu en 1933 lorsqu’il a promulgué plusieurs réformes essentielles qui ont permis à son pays de se redresser durablement. Et cela a tenu jusqu’au Président Reagan qui, suivi par de nombreux responsables politiques et économiques à travers le monde, a commencé un travail de dérégulation dont nous voyons aujourd’hui les conséquences.

Le peuple suisse, qui envisage, à tort ou à raison, accepter prochainement l’initiative Minder, va ainsi exprimer un ras-le-bol. Il ne sera probablement pas découragé de le faire malgré la dernière rebuffade de Monsieur Vasella et de Novartis. Mais cela suffira-t-il vraiment à changer les mentalités, à permettre d’autres réformes indispensables et urgentes ?

Dans son livre « La cause humaine, du bon usage de la fin d’un monde » Patrick Viveret, économiste et philosophe, invite à un sursaut citoyen de tous les acteurs de la société, pour remettre de l’éthique dans nos choix et l’humain au cœur de nos priorités. Des exemples existent heureusement et ils devraient nous inspirer pour l’avenir.

Dans la nouvelle constitution genevoise, nous affirmons que notre canton est fondé sur « la liberté, la responsabilité, la justice et la solidarité ». C’est un bon début mais encore faut-il encore, comme le précisait l’argumentaire de la commission qui a proposé cette rédaction, que ces valeurs soient tenues ensemble. Il n’y a pas de liberté sans responsabilité, il n’y a pas de justice sans solidarité.

Pour oser construire dans ce sens et convertir ce qui doit l’être, il nous faut probablement aussi retrouver les racines spirituelles, humanistes et philosophiques qui les ont fait émerger au fil des siècles. Un chantier indispensable pour que le XXIème siècle de soit pas seulement la fin d’un monde, mais l’émergence de nouvelles possibilités de vivre ensemble dans la bonne mesure qui seule permet un véritable développement équilibré et durable.

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