03/05/2012

Des attaques infondées contre le projet de Constitution

Ces dernières semaines plusieurs personnes expriment dans leurs réseaux sociaux ou dans des lettres de lecteurs leur refus dès maintenant de la future constitution suite en particulier au choix fait par une majorité de l'assemblée de ne pas élargir les droits politiques des personnes étrangères résidant dans notre canton.


Comme eux je regrette vivement que ce projet ne prévoie pas d'élargissement des droits politiques pour les étrangers établis dans notre canton (droit d'éligibilité au niveau communal, droit de vote au niveau cantonal). Ce n'est pas le résultat d'un marchandage, comme certains le prétendent, mais au final la volonté d'une majorité de droite de l'assemblée de ne pas introduire ce changement dans le projet de révision totale du texte constitutionnel. Certains voulant maintenir un lien indissoluble entre citoyenneté et nationalité, d'autre craignant que cet élargissement amène une un grand nombre de votants à refuser ce projet.

Faut-il pour autant prendre le contrepied sur ce même modèle et rejeter ainsi l'ensemble du travail accompli par l'Assemblée constituante alors qu'il comporte bien d'autres sujets sur lesquels des avancées non négligeables ont été obtenues ? En rejetant ce projet pour un seul motif, aussi digne d'intérêt soit-il, ces personnes rejettent ainsi les articles introduits pour le droit des personnes handicapées, des enfants, des personnes malades ou en situation de précarité, ainsi que ceux qui permettent une meilleure reconnaissance des associations, un soutien su sport, à la culture, au social, à la protection de l'environnement, etc. De nombreux éléments qui ne figurent pas dans la Constitution actuelle, touchant l'ensemble de la population, aussi bien les Suisses que les étrangers, seraient ainsi jetés aux orties !

En agissant ainsi, ces opposants rejettent même l'article qui précise que l'Etat doit s'engager en faveur de l'intégration des personnes étrangères et facilite leur naturalisation. Ils refusent le principe d'une formation obligatoire pour tous les jeunes jusqu'à l'âge de leur majorité au moins. Ils rejettent encore, et la liste n'est pas exhaustive, l'inscription dans la Constitution d'un catalogue de droits fondamentaux qui doivent être mis en œuvre, protégés et respectés dans l'ensemble de l'ordre juridique et par quiconque assume une tâche publique. Ce catalogue, qui inclut le droit au logement et le droit à un niveau de vie suffisant, est à lui seul une nouveauté importante qui justifie mon soutien au projet de Constitution si ces éléments sont maintenus au terme de la dernière lecture en cours.

Il est clair que l'Assemblée n'a pas toujours fonctionné de manière idéale et qu'un certain nombre d'épisodes ont pu laisser faire croire qu'elle ne parviendrait pas à un résultat satisfaisant. A ce jour une majorité a trouvé un chemin qui permet de croire que ce projet vaudra la peine d'être défendu. Au prix de certaines concessions de part et d'autres, mais sans revenir sur les acquis et en préservant un bon nombre d'innovations. J'espère qu'avant de se prononcer une large majorité de la population prendra le temps d'examiner attentivement l'ensemble du texte final pour prendre en compte les réelles avancées que comportent ce projet par rapport à la Constitution actielle et refusera de se laisser entraîner par des réflexes conservateurs qui ne feraient que des perdants.

 

 

 

Commentaires

Je suis une des personnes aux prétendus "réflexes conservateurs" dont M. Gardiol a l'amabilité de m'assimiler. On voit évidemment maintenant ceux qui ont délibérément sacrifié le droit à l'éligibilité communale, déjà bien restrictif au regard de ce que méritait Genève, de l'avis même de M. Gardiol, sur l'autel de l'abandon par la droite d'une réforme fiscale malvenue, et à ses propres dires, déjà minée par l'opposition des communes et du Conseil d'Etat, tenir le lénifiant discours du résultat "globalement positif" (sic) par MM. Mizrahi et Gardiol. C'est vraiment faire peu de cas de l'énormité du signal ainsi donné à la xénophobie régnante, pour n'avoir pas su s'y opposer d'entrée avec la même vigueur qu'aux attaques des milieux économiques en matière de finances publiques.

Pour plus de détails sur l'argumentation, voir mon dialogue avec M. Gardiol sur le Courrier, reproduit dans le document suivant :
https://docs.google.com/open?id=0B6kJ-w9GAfEFazlHd2RxS2taS3c

Écrit par : Dario CIPRUT | 06/05/2012

Merci de corriger une coquille dans le billet ci-dessus, qui devait débuter par:
« Je suis une des personnes aux prétendus "réflexes conservateurs" auxquelles M. Gardiol a l'amabilité de m'assimiler. »
Comme quoi la relecture est un art difficile, et qu'il est dommage de ne pouvoir corriger ses propres billets après coup.

Écrit par : Dario CIPRUT | 06/05/2012

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