08/11/2011

Les Réformés et les Indignés

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Dimanche dernier avait lieu devant le Mur des Réformateurs la commémoration du Dimanche de la Réformation. Cette manifestation rappelle chaque année la réaction indignée du moine Luther affichant ses 95 thèses à la porte de l'église de Wittenberg le 31 octobre 1517. Il y dénonce en particulier le trafic des indulgences qui a pour résultat d'exploiter la crédulité des plus démunis. Cette action est le plus souvent considérée comme l'acte fondateur du mouvement réformateur dans les Eglises de l'Occident. Calvin, pour sa part va développer toute une pensée sur le juste équilibre à maintenir dans la vie économique en mettant en évidence la responsabilité éthique de ceux qui détiennent des richesses.

C'est ce que le pasteur Albert-Luc de Haller a rappelé à l'auditoire rassemblé dimanche en fin de matinée entre le Mur des Réformateurs et le campement des indignés. Voici quelques extraits de sa méditation:

 


... Depuis quelques mois, il y a comme une prise de conscience des limites humaines à la gestion de notre monde. Il y a quelques mois, je lisais un éditorial au titre provocateur : "il faut ajouter du calvinisme dans l'économie..." Vendredi, au journal du matin de la RSR, un professeur d'économie rappelait que, pour Adam Smith, un des hommes à l'origine du capitalisme, éthique et capitalisme étaient indissociables.

Et nous nous trouvons ce matin entre un campement d'indignés et un mur dont la présence doit être un mémorial au sens biblique du terme, une mémoire actualisée de l'importance de cette Parole. Je ne tiens bien sûr pas à récupérer qui que ce soit ou quelqu'idée que ce soit. Mais il est des signes qui ne peuvent ou ne doivent pas nous tromper dans un monde où l'argent a oublié son but premier d'être au service de la vie des humains et où l'individu ne sait même plus qu'il fait partie d'une communauté humaine interdépendante de maintenant 7 milliards de frères et de sœurs...

En 1959, dans son livre La pensée économique et sociale de Calvin, sorti à l'occasion du 400ème anniversaire de Calvin, André Biéler, alors pasteur à Genève, écrivait : "Calvin donne l'un des exemples les plus typiques d'une théologie évangélique dynamique qui se tient toujours en éveil dans les circonstances de la vie ; elle demeure à l'écoute aussi bien de la Parole de Dieu pour en discerner les exigences prophétiques, que des événements contingents (historiques) pour en comprendre les fluctuations et l'évolution". Il n'est donc pas innocent ce matin d'être entre les contingences de l'histoire que nous rappellent les indignés derrière vous et la Bible que portent si visiblement les réformateurs derrière moi...

Il nous faut aujourd'hui réaliser que l'individu ne peut exister vraiment que s'il sait qu'il fait partie d'une humanité placée tout entière et tout ensemble sous le regard de Dieu. Il nous faut réaliser aujourd'hui que la richesse, petite ou grand peu importe - nous sommes toujours le riche de quelqu'un, Il nous faut réaliser aujourd'hui que la richesse n'est jamais qu'un moyen de permettre à tous de vivre.

Il nous faut réaliser aujourd'hui que la justice doit être au service d'une vie communautaire qui permette à chacun et chacune d'exister. Il nous faut réaliser aujourd'hui qu'aimer l'autre c'est l'aimer pour lui et ce qu'il est, non pour moi et pour mes besoins... L'économie et la politique aujourd'hui ne tiendront debout que quand elles auront retrouvé leur dimension de service, service d'un projet qui les dépasse, d'un projet de bonheur pour l'humanité.

(extrait du message du pasteur Albert-Luc de Haller, modérateur de la compagnie des pasteurs et des diacre de l'Eglise protestante de Genève, dimanche de la réformation, 6 novembre 2011, sur la base des textes biblique de 1 Samuel 5.1-5, et Luc 16.10-29)

 

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