22/04/2011

Un renouveau pour le christianisme social

Depuis deux ans quelques personnes en France et en Suisse romande relancent le projet de communes théologiques du christianisme social. De quoi s'agit-il. Lors d'un culte à l'Oratoire du Louvre (http://oratoiredulouvre.fr/predications/un-christianisme..., le pasteur Laurent Gagnebin a rappelé les origines de ce mouvement et je m'en inspire largement pour cette brève présentation.

Quand on parle de christianisme social dans le cadre du protestantisme un nom doit être immédiatement cité: celui du pasteur Tommy Fallot qui en 1878 prononce onze prédications consacrées au Notre Père et qui apporte pour la première fois dans le protestantisme français un fondement à un christianisme social...

Parmi ceux qui ont poursuivi cette idée dans les années suivantes, il faut citer Charles Gide, l'oncle d'André Gide, professeur d'économie politique au collège de France, à l'origine du mouvement coopératif, Élie Gounelle et Wilfred Monod, pasteurs. Ce dernier, père du célèbre zoologiste et penseur Théodore Monod, exercera son ministère dans plusieurs paroisses, dont l'Oratoire du Louvre à Paris, et sera professeur de théologie pratique à la faculté de théologie protestante de Paris.


Que veut ce christianisme social dans l'horizon protestant ? Il veut la reconnaissance des implications de l'incarnation. A savoir la prédication d'un Évangile intégral tout à la fois spirituel et social: il faut tenir les deux bouts de la chaîne ; il n'y a pas de christianisme vrai qui ne soit en même temps spirituel et social. Et Wilfred Monod aimait à dire que l'expression de « christianisme social » est en fait un pléonasme parce que le christianisme social est un christianisme spirituel porté jusqu'au bout de lui-même et connaissant son incandescence. Christianisme tout court disait Wilfred Monod.

Deux entreprises créées par Wilfred Monod illustrent ces deux dimensions du christianisme, spirituelle et sociale. D'abord en 1911 la création d'un centre social au milieu du quartier des Halles, alors tout à fait déshérité : « la Clairière ». En 1923, avec son fils Théodore, Wilfred Monod crée « les Veilleurs » cette communauté qui est toujours en augmentation et en progression aujourd'hui et qui représentait ce qu'il appelait un tiers-ordre protestant rassemblant des fidèles et des pasteurs sous l'égide d'une règle pour une vie spirituelle engagée dans la Cité.

Puis Wilfred Monod sera le pionnier de l'œcuménisme en 1925, il participe à la conférence internationale œcuménique de Stockholm sous l'égide de l'évêque protestant Nathan Söderblom et puis en 1927 à celle de Lausanne. Pour le pasteur Monod en effet, christianisme social et œcuménisme sont un seul et même combat parce qu'on estime que si les croyances, que si les doctrines, que si les dogmes divisent et séparent les Églises des actions concrètes, pratiques, sociales peuvent rassembler tous les chrétiens quelle que soit leur Église et même tous les hommes de bonne volonté.

Ce message là est adossé à la grande prédication des prophètes qui ont toujours affirmé quelle que soit leur implantation, quel que soit le siècle où ils ont prophétisé que la piété, les cultes, les sacrifices ne sont rien s'ils ne sont pas accompagnés de l'amour du prochain dans sa dimension individuelle, collective, sociale. Ainsi Amos rapporte ces paroles de l'Éternel : « je ne peux plus sentir vos cérémonies religieuses... mais que le droit coule comme l'eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas ! ».

Ce mouvement s'est développé tout au long du XXème siècle. Ses membres ont publié de nombreux articles dans la Revue "Autre Temps" et dans d'autres publications dont la Revue "Foi et Vie" dirigée par le Professeur Jacques Ellul.

Sur le déclin depuis quelques années, le mouvement est maintenant relancé comme le démontre le site récemment ouvert: www.christianismesocial.org. Nous le relançons également en Suisse romande au travers de cet appel:

Appel à constituer une commune  théologique "christianisme social en Suisse romande"

Confronter la foi chrétienne avec son environnement social, économique, politique, culturel et écologique, poser des paroles, des signes et des gestes de libération, telle était la vision de celles et ceux qui avaient lancé le mouvement du christianisme social aux temps de la révolution industrielle.

Aujourd'hui dans notre société comme dans les églises apparaissent des clivages et des engagements nouveaux qui appellent à reprendre et renouveler cette démarche par des rencontres, des échanges, des paroles, des actions nouvelles dans un monde qui a besoin d'amour, de justice, d'espérance.

Divers dans nos références théologiques et politiques, nous sommes unis par un évangile qui repousse sans cesse les frontières, qui refuse les barrières du pur et de l'impur, qui dit que la grâce est offerte à toute la création, que la vie est plus forte que les ségrégations, les exclusions et les diverses formes de mise à mort des autres.

Nous ne voulons et ne pouvons pas agir seuls. Nous désirons réfléchir et agir ensemble lorsque cela est possible, créer ou renouveler des alliances et des solidarités au-delà de nos frontières, de nos différences confessionnelles ou politiques.

Si nous voulons affirmer et faire connaître des positions, nous voulons aussi prendre le temps de la conversation et de l'échange de nos pratiques, nous mettre d'accord sur nos accords et nos désaccords, donner et recevoir à penser, nous soutenir dans nos engagement non-violents, déterminés  à résister et à contester tous les abus de pouvoirs à la suite du Christ Serviteur. C'est ainsi nous le croyons que le sel garde sa saveur et que la lumière conserve son rayonnement.

C'est avec cet appel, librement inspiré de celui de nos amis français, que nous vous invitons à une prochaine rencontre de notre « commune suisse-romande », le samedi 25 juin 2011 de 14h30 à 18h à Lausanne , Maison de Quartier Sous-Gare, Av. Dapples 50, 1006 Lausanne

Les premiers membres de la commune suisse-romande :

Diane Barraud (Lausanne), Maurice Gardiol (Genève), Xavier Gravend-Tirole (Lausanne), Georges Nydegger (Genève), Martina Schmidt (Lausanne), Jean-Pierre Thévenaz (Lausanne), Sylvain Thévoz (Genève), Josef Zysiadis (Lausanne)

 

Commentaires

souvenirs souvenirs comme dirait l'Abbé Grégoire!

Écrit par : lovsmeralda | 22/04/2011

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