18/04/2011

60 minutes en silence pour résister

Samedi entre midi et 13h une soixantaine de citoyennes et de citoyens dont quelques élus se sont rassemblés pour former un cercle de silence à la Place du Cirque. Une forme originale de résistance soutenue par divers organismes des Eglises de Genève (Commission Tiers-Monde de l'Eglise catholique, Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d'asile, etc.) mais rassemblant des personnes de divers horizons, croyantes ou non.


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Il s'agissait de protester silencieusement et de manière non-violente contre les propositions qui voient le jour au niveau fédéral visant à dénoncer les enfants sans-papiers admis dans les écoles ou à signaler les travailleurs sans statut légal cotisant pour les assurances sociales. La première va à l'encontre de la Convention internationale des droits de l'enfant ratifiée par notre pays. La seconde est une hypocrisie crasse qui vise à rejeter dans une clandestinité encore plus opaque des travailleurs qui acceptent pour le moment de cotiser pour des assurances sociales dont la plupart ne pourront jamais bénéficier ! Le seul bénéfice qu'ils peuvent en retirer, c'est de pouvoir démontrer qu'ils travaillent dans notre pays depuis un certain nombre d'années si une fois une demande de régularisation de leur statut est envisageable. Et aussi d'avoir un minimum de couverture en cas d'accident. Si les offices d'assurances sociales doivent signaler à l'Office des migrations leurs affiliations, il est claire que les personnes concernées refuseront de le faire.

Dans l'avant-projet de Constitution, un article prévoit un droit à la résistance contre l'oppression "lorsque les autorités foulent gravement et systématiquement les droits et les libertés fondamentales..." Pour ma part je préfère parler d'un "devoir de résistance" au nom des principes qui sont énoncés dans l'article 1 de cet avant projet: "la liberté, la justice, la responsabilité et la solidarité". Un tel devoir n'est pas à inscrire dans une constitution mais dans les consciences. Cela ne passe pas par des textes législatifs, mais par l'éducation, la formation et le débat démocratique. Dans ce sens je me réjouis que l'art. 40 prévoie que "L'Etat dispense une éducation au respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux". Cela ne signifie pas que seul l'Etat doit le faire mais qu'il doit prendre sa part de responsabilité dans ce domaine.

60 minutes de silence qu'est-ce que cela coûte ? Rien, justement. Du reste est-ce que les choses essentielles de la vie, l'amour, la joie ou l'espérance peuvent s'acheter ou se payer d'une manière ou d'une autre ? Mais que plusieurs dizaines de personnes, avec certainement toutes des agendas très chargés et d'autres possibilités de passer leur temps un samedi ensoleillé, acceptent de rester debout pendant une heure en silence, voici malgré tout un signe fort malgré ou à cause de sa gratuité. Sur le tract à disposition des passants il était écrit: "Notre silence et notre prière veulent rejoindre les sans-papiers ainsi que ceux qui font la loi et ceux qui la font appliquer, ainsi que tous les acteurs que nous sommes chacun à notre manière."

Les prochains cercles de silence auront lieu les 18 jui, 17 septembre et 17 décembre de 12h à 13h à la Place du Cirque (en face de l'Eglise du Sacré Coeur)

 

Commentaires

Dans une démocratie, ceux qui ne sont pas d'accord avec les lois peuvent les contester par des moyens démocratiques. En Suisse, nous jouissons même d'une démocratie directe, qui nous permet de refuser une loi par référendum ou d'en proposer une nouvelle par la voie de l'initiative.

D'ailleurs, la nouvelle loi sur les étrangers avait été acceptée par une écrasante majorité du peuple suisse.

Vouloir maintenant violer la loi, et inciter à la violation de la loi, a un relent totalitaire, même si le principe invoqué pour justifier sa violation relève en apparence d'une éthique qu'on dit supérieure à la loi. En Suisse, les lois qu'on juge injustes doivent être critiquées par les voies démocratiques qui existent.

Quant à l'avant-projet de constitution, s'il contient la règle que vous dites, qui permet à n'importe qui de résister de résister à n'importe quoi en le qualifiant d'oppression, ce sera une raison de plus pour que je le rejette quand il sera soumis aux urnes. C'est aussi bête et effrayant que de supprimer le droit au logement.

Écrit par : André Baldini | 18/04/2011

Je vous signale que la liberté de manifestation est aussi un droit et un moyen démocratique d'attirer l'attention des autorités et de l'opinion publique sur certaines situations problématiques.

Écrit par : Maurice Gardiol | 18/04/2011

Bien sûr que tout le monde peut manifester. Cependant, une manifestation ne peut appeler à la violation de la loi. C'est pourtant ce à quoi vous vous compromettez en incitant des fonctionnaires à violer leur devoir de fonction en ne signalant pas les cas de délinquance qu'ils découvrent à l'autorité compétente.

Écrit par : Pierre Vautier | 19/04/2011

Il n'y a absolument rien dans la loi qui oblige actuellement une telle dénonciation de la part des enseignants et des fonctionnaires. Au contraire la loi sur la protection des données l'interdit ! Nous demandons simplement à l'Etat de continuer à respecter ces législations conformes à la Constitution et aux conventions ratifiées par notre pays !

Écrit par : Maurice Gardiol | 19/04/2011

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