20/11/2010

La Suisse pas assez exigeante envers les immigrés ?

Dans son interview parue dans LE COURRIER le 17 novembre 2010, Madame la Conseillère Fédérale Simonetta Sommaruga affirme qu'en matière d'intégration des étrangers la Suisse n'est pas assez exigeante, qu'elle n'a pas su imposer, en particulier aux femmes migrantes, l'apprentissage de la langue ou le suivi d'une formation professionnelle.

En tant que président de CAMARADA, association qui œuvre depuis plus de 25 ans à Genève dans ce domaine en particulier auprès des femmes migrantes, je souhaite faire remarquer à Madame Sommaruga et aux personnes qui partagent son analyse que CAMARADA, comme d'autres lieux similaires en Suisse, doivent refuser chaque année un grand nombre de femmes qui aimeraient bénéficier des formations et des cours de langue que nous organisons à leur attention.

Il y a donc une certaine hypocrisie, de la part des autorités qui parlent beaucoup de la nécessité d'une meilleure intégration, de ne pas voir que la motivation existe chez les personnes concernées mais que les moyens manquent pour les associations qui ont les compétences de les accompagner dans leur volonté de faire ces apprentissages.

Rien qu'à Genève, CAMARADA pourrait ouvrir un ou deux centres supplémentaires pour compléter celui de la Servette qui accueille déjà près de 800 femmes par année dans ses diverses activités. Sans compter la prise en charge de leurs enfants en âge préscolaire pendant leur temps de formation.

La commune de Meyrin a, avec notre collaboration, créé il y a quelques années sur son territoire le CEFAM qui est aussi un lieu d'accueil et de formation pour les habitantes migrantes de cette région. CAMARADA organise par ailleurs, avec le soutien des communes concernées, des cours et des formations au Lignon, aux Trois-Chênes et à Carouge.

Dans ces projets, des équipes avec de nombreuses personnes bénévoles très compétentes, formées et encadrées par une équipe de formatrices responsables salariées et certifiées, permettent de fixer et d'atteindre des objectifs adaptés à la population que nous accueillons. Nous pouvons travailler à partir de leurs motivations et de leurs ressources, même lorsqu'il s'agit de personnes qui ont été peu scolarisées ou sont analphabètes.

A notre avis, les contraintes envisagées, par exemple sous forme de "contrats d'intégration", sont inutiles et contreproductives. Ce qui est prioritaire, dans notre canton en particulier, c'est que le Bureau de l'intégration des étrangers et les associations qui travaillent dans ce domaine reçoivent les soutiens indispensables pour répondre aux besoins qui sont connus afin qu'aucune personne ne doive être refusée ou placée sur des listes d'attente démotivantes lorsqu'elle souhaite entreprendre une telle formation.

Encore un mot pour rappeler que l'intégration est interactive et non à sens unique comme on le laisse trop souvent entendre actuellement. Pour permettre une réelle intégration, il convient que la population déjà établie dans notre pays apprenne aussi à mieux connaître et reconnaître les nouveaux venus et sache les accueillir avec respect. Il y a aussi beaucoup à faire si nous voulons parler d'une vraie intégration et ne pas en revenir à une assimilation camouflée sous un terme plus politiquement correct.

Maurice Gardiol, Président de l'Association CAMARADA

16/11/2010

La consitution doit mieux reconnaître les associations

Le rôle joué par les associations dans le développement d'une cité n'est pas nouveau. N'oublions pas que même des institutions aussi indispensables que nos écoles ou nos hôpitaux publics trouvent leur origine dans des initiatives privées, religieuses ou laïques dans les siècles précédents.

 

Aujourd'hui encore la vie associative dans notre canton apporte une contribution essentielle pour maintenir et développer la cohésion sociale. Que ce soit dans le domaine sportif, culturel, socio-éducatif, professionnel ou politique, ces associations complètent, voire même suppléent l'action de l'Etat. Souvent elles mettent en évidence et prennent en charge des besoins pour lesquelles les collectivités publiques ne disposent pas des ressources nécessaires ou des compétences adéquates pour y répondre.

 

Le Répertoire des entreprises genevoises enregistre 1813 structures associatives sur le Canton de Genève. Cet inventaire n'est pas exhaustif, mais il montre bien l'importance pour Genève de cette base active que sont les associations à but non lucratif avec leur personnel salarié et bénévoles. Ce sont des milliers de personnes qui participent aux activités qu'elles proposent ou qui bénéficient des services qu'elles mettent à disposition. Dans certains domaines, telles que l'intégration, l'accueil et l'accompagnement des sans domiciles fixes, le soutien aux enfants et aux familles de prisonniers, celui aux victimes de violences, les loisirs des enfants et des jeunes pour ne citer que ceux-ci, des associations jouent un rôle pilote que l'Etat reconnaît en leur allouant des subventions.

 

Il nous paraît donc judicieux que la Constituante reconnaisse le travail accomplit et les services rendus à la collectivité par ces diverses associations, subventionnées ou non. Le Conseil économique et social avait déjà élaboré toute une réflexion et émis des propositions à ce sujet il y a une dizaine d'années dont beaucoup sont malheureusement restées lettres mortes. Nous nous réjouissons de constater que la plupart des thèses de majorité et de minorité de la Commission 5 reprennent plusieurs de ces propositions et vont dans le sens des demandes formulées par les quelques 300 associations qui ont pu intervenir lors de l'audition organisées par les commissions 1, 4 et 5 en janvier dernier. En particulier sur le fait que les relations entre Etat et association doivent être établies sous forme d'un partenariat.

 

De grâce ne nous contentons pas en la matière d'un seul article généraliste et sibyllin comme le propose  plusieurs amendements de la droite. Les associations qui œuvrent à Genève méritent mieux que cela. Il est temps pour nous d'écrire une constitution qui intéressera nos concitoyens parce qu'ils se sentiront entendus et concernés. Non seulement lorsqu'ils ont besoin d'être protégés par des droits, mais aussi lorsqu'ils manifestent leurs devoirs par leurs engagements citoyens bénévoles.

04/11/2010

Entre les touche-à-tout et les touche-à-rien y aura-t-il une place pour les bâtisseurs de Constitution ?

Il y a celles et ceux qui veulent que l’on ne touche pas à une virgure de l’actuelle constitution, et d’autres qui aimeraient passer tel un rouleau compresseur sur tous les principes et les droits qui ont été acquis ces dernières années.

Quel espace reste-t-il pour bâtir une constitution qui réaffirme des principes et des droits de manière très claire sans forcément entrer dans des détails relevant des lois ou des règlements ?

Que ce soit sur le nucléaire, sur le logement, sur le travail, la santé et la formation, n’y a-t-il pas moyen de parvenir à se mettre d’accord sur ce qui permet de maintenir au moins les principes acquis et de se mettre d’accord sur quelques améliorations possibles ?

C’est dans la mesure où nous parviendrons à trouver cette troisième voie qu’il me semble immaginable de parvenir à un résultat. Le débat de ce jour sur la santé et sur la formation pourrait nous donner une occasion d’aller dans ce sens.