19/01/2010

Reconnaître la dimension culturelle et spirituelle de l'être humain

Dans sa séance de jeudi la Constituante traitera de l'opportunité de mandater sa Commission 1 (dispositions générales et droits fondamentaux) pour qu'elle présente un ou des projets de préambule. Il ne s'agit donc en aucun cas de parler à ce stade du contenu. Cependant comme il a été évoqué de mentionner dans cet hypothétique préambule la reconnaissance de la dimension culturelle et spirituelle de l'être humain, je verse à ce dossier quelques citations pour la réflexion.


Religion et spiritualité sont deux choses différentes. On peut se passer de la première ; on ne pourrait renoncer à la seconde qu’en s’amputant d’une partie de son humanité. Qu’est-ce que la spiritualité ? C’est la vie de l’esprit. Qu’est-ce que l’esprit ? Le pouvoir de penser, de contempler, d’aimer, de rire. C’est donc le lot commun de l’humanité, et sa dimension la plus haute.

André COMTE-SPONVILLE  (Qu'est-ce qu'une spiritualité sans dieu ? - A propos de l'esprit de l'athéisme)

 

La dimension spirituelle et culturelle de l’Europe (2002)

Conclusions du groupe de réflexion mis en place par le Président de la Commission européenne et coordonné par l’Institut des Sciences Humaines. Celui-ci se composait de Kurt Biedenkopf, Silvio Ferrari, Bronislaw Geremek, Arpad Göncz, John Gray, Will Hutton, Jutta Limbach, Krzysztof Michalski, Ioannis Petrou, Alberto Quadrio Curzio, Michel Rocard et Simone Veil.

http://ec.europa.eu/research/social-sciences/pdf/michalski_091104_report_annexes_fr.pdf

extrait d'une conclusion:

5.1. ...un ordre économique ne se développe jamais dans un environnement dénué de valeurs. Il faut un cadre juridique et une protection, la mise en place des institutions nécessaires, et l’instauration et la mise en application par l’État des normes et obligations établies et convenues d’un commun accord. Un ordre économique juste et efficace doit aussi être enraciné dans les valeurs morales, les coutumes et les attentes des êtres humains, ainsi que dans leurs institutions sociales....

 

Le spirituel en tant qu'ouverture de l'esprit à l'autre et à l'universel

Me Guy Auranche, avocat à Paris, extrait d'une conférence prononcée au colloque "Démocratie et spiritualité" (St-Denis, 2007 /www.lvn.asso.fr/IMG/pdf/Intervention_Aurenche.pdf)

La spiritualité nous parle d’altérité. De son côté l’altérité annonce la spiritualité. L’éthique de l’altérité c’est une manière d’être moi même avec l’autre, d’être avec les autres, d’être avec l’humanité, d’être avec l’avenir. Une manière d’être ou l’autre est reconnu comme une personne. Où l’autre est désiré comme élément vital de tout développement. Où l’autre devient compagnon pour la construction commune...

L’éthique d’altérité trouve alors une traduction très concrète dans la vie politique. Elle peut donner souffle à la politique. Lorsque celle-ci cherche un sens, une spiritualité, qu’elle se tourne vers les actions concrètes et les programmes de refus de toute discrimination, et plus positivement vers les projets de mise en oeuvre de la dignité effective de la personne dans tous les aspects de sa vie.

... Vivre avec le désir de l’autre en termes politiques cela signifie construire la démocratie.

 

Jean-Baptiste de Foucauld Conseiller technique pour les affaires monétaires et financières au Cabinet de Jacques Delors, Ministre de l’Economie et des Finances (1982-84), inspecteur général des finances www.amisdelavie.org/spip.php?article1355

Les démocraties vont nécessairement devoir s’engager sur des terrains nouveaux pour elles, ceux du sens et de l’identité, dans un contexte de multiculturalisme accru. Les démocraties se sont constituées pour affirmer l’autonomie juridique de l’individu face à des systèmes de sens trop contraints et ne respectant pas la liberté de chacun. Elles ont gagné ce combat, au point qu’il s’est peu à peu inversé : le sens entravait la liberté, aujourd’hui la liberté dissous le sens. Désormais, il convient de s’organiser collectivement pour aider chacun à forger le sens qu’il donne à sa vie, et à accéder à une identité choisie, construite, reconnue. Nos sociétés ne peuvent fonctionner que si chacun de ses membres a la solidité suffisante pour assumer sa propre responsabilité au sein de l’ensemble collectif. La démocratie ne peut plus se désintéresser de ce qui se passe dans le for intérieur. Bien que l’on puisse aussi la définir comme l’espace commun de la recherche du sens, elle n’est pas accoutumée à aborder ces dimensions. Elle hésite à aborder ou à reconnaître pleinement ce territoire inconnu où n’opèrent pas ses instruments usuels : Comment peut-elle et doit-elle travailler démocratiquement sur le sens, sur les identités, sur le monde commun des multiples différences ? Faute d’en prendre le risque, tout tend à démontrer qu’elle prend le risque de l’insignifiance. Il faut qu’elle fasse pressentir aux individus, à ceux dont l’identité est flottante et en manque de projet, qu’elle reconnaît cette dimension intérieure, et même qu’elle la requiert.

 

 

CULTUEL ET CULTUREL

(Régis Debray, intervention à Genève rapportée sur le site: www.ecolelaique-religions.org)

 

La distinction entre cultuel et culturel n’est pas simple, mais c’est la question de fond. Quelle est la frontière ? Il faut se rappeler que la distinction entre culture et religion a été tardive dans l’histoire des hommes. Elle n’est d’ailleurs pas encore réalisée partout. Mais c’est précisément parce que ce n’est pas fait que c’est à faire. C’est parce que la laïcité est minoritaire sur la planète qu’il faut la défendre. Elle est précieuse. Il est important de la revitaliser et de la propager.

Nombre de lieux de culte en France appartiennent à la fois au Ministère de la culture et à l’Eglise. Les lieux de culte ont un propriétaire, l’Etat, et un affectataire, l’Eglise. Comment séparer, dans un même lieux, l’espace « messe » de l’espace « visite ». des accommodements se trouvent. Les moines peuvent devenir guides, des touristes et des pèlerins coexister. En matière de concerts, où se situe la différence entre spirituel et profane ? Nombre de musées sont remplis d’objets de culte, les trésors des églises sont remplis d’objets d’art.

 

Il faut absolument affronter cette question dans le cadre de l’indépendance critique du libre examen et de l’école face aux dogmes ; dans le cadre de la neutralité ; dans le cadre de la liberté de conscience et de l’égalité de tous. Ne pas prendre le « taureau par les cornes » serait abandonner l’information dans ce domaine à ceux qui pourraient la distribuer hors de tout contrôle scientifique, hors de tout contrôle rationnel et laïque, sur le monde de la réquisition ou de l’inculcation, qui ne sont pas les tâches de l’enseignement rationnel et laïque.

 

Commentaires

Merci pour toutes ces citations et autant de réflexions ...

Permettez-moi d'y ajouter le lien vers le billet d'une blogueuse qui se dit être "horrifiée" d'apprendre qu'un préambule faisant référence à la spiritualité puisse être ajouté à la Constitution ...

http://morsini.blog.tdg.ch/archive/2010/01/18/un-preambule-a-la-constitution.html

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 19/01/2010

J'ajouterai que Madame Orsini, "tenancière" du blog en question ne semble guère supporter la contradiction : elle censure son blog !

Bravo Madame Orsini, bel exemple de tolérance dans un débat qui se veut démocratique ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 19/01/2010

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