15/04/2009

Choisir sa mort : à quoi au juste disons-nous oui ?

Dans son édition de la semaine dernière, l’Hebdo nous fait part de son sondage exclusif sur l’assistance au suicide : 75% des Suisses diraient « oui » à cette mort choisie. En parcourant le journal, je suis frappé par le voisinage de l’article concerné à ce sujet et le compte-rendu qui nous est proposé du dernier livre de Régis Debray sous le titre « cette fraternité qui nous manque ». Je me demande si la réflexion présentée par l’essayiste français ne devrait pas amener une lecture critique de nos choix par rapport à l’autodélivrance. Cette manière d’envisager sa mort, n’est-elle pas une des conséquences du « moi-je » qui oublie le « nous », seul capable  de m’inscrire dans une histoire et une communion humaines ?


Affirmer l’autonomie de l’individu ne signifie pas qu’il peut prétendre tout maîtriser de son existence. Sa naissance, comme sa mort, ne sont pas sa seule affaire. D’autres sont concernés, qu’il le veuille ou non. Dans la société du « moi-je », nous ne prenons pas vraiment conscience des conséquences d’un choix tel que le suicide assisté pour nos proches. D’une certaine manière ils sont pris en otage. S’ils sont informés de cette décision, au nom de quoi pourraient-ils s’y opposer sans se sentir coupables de prendre le pouvoir sur le libre-arbitre de l’autre ? Et s’ils ne sont pas au courant, comment éviteront-ils les réactions de colère et les sentiments de culpabilité qui assaillent les survivants à la suite d’un suicide ?

D’autre part, la solution finale demandée, n’est-elle pas par avance une dénégation de l’accompagnement que peuvent m’offrir les autres, mes proches, mais aussi le personnel soignant et les accompagnants dans le domaine de la spiritualité et de la fin de vie ? Personnellement j’ai pu constater que bien des personnes vivaient des choses essentielles dans leur approche de la mort. Ces moments font entièrement partie de la vie, pourquoi prendre le risque de s’en priver ?

Finalement, ne sommes-nous pas tentés de recourir à un tel moyen à cause d’un certain nombre de peurs ? Mais n’y a-t-il vraiment pas d’autres moyens de les combattre ? L’assistance au suicide reste peut-être une solution envisageable dans des situations extrêmes et exceptionnelle. Sa banalisation ouvre la porte à toutes sortes d’abus, trouble les liens entre les vivants, pèse sur la vie des survivants et nous fait glisser subtilement vers une civilisation où les personnes qui se sentiront rejetées, inutiles, plus aimées, n’auront plus qu’à disparaître volontairement. Ce jour-là, il n’y aura plus de « nous » à espérer. Est-ce à cela que 75% des Suisses disent oui ?

Commentaires

Très bon article, plein d'humanité et de finesse. La phrase "L’assistance au suicide reste peut-être une solution envisageable dans des situations extrêmes et exceptionnelle" en est une partie essentielle, pour moi qui suis favorable à cette liberté de décider de son destin, mais qui estime aussi qu'il faut si possible prendre cette décision en pensant à tous les proches et aux divers sentiments que cette décision peut provoquer chez eux, qui peuvent aller de la plus grande souffrance à la plus grande délivrance.
Quant à la culpabilité, elle peut tout aussi bien être le résultat du refus de mettre fin à certaines souffrances inacceptables, sinon peut-être pour ceux qu'un choix religieux prédispose au martyre (et parfois à celui de leur entourage). Je m'insurge donc contre toute interdiction fondée sur les croyances et les opinions émises par certaines autorités religieuses et à la désapprobation générale exprimée par certains de leurs fidèles, d'autant plus évidemment lorsque leurs conséquences s'appliquent à des non croyants.
Je ne pense pas d'ailleurs que dans une société qui, contrairement à celle des Romains de l'Antiquité, jette malgré tout un regard très négatif sur le suicide, beaucoup de malades et de désespérés désirent avoir recours à cette solution ultime, si on leur propose une fin assez digne et assez dépourvue de souffrances, et qu'ils se sentent véritablement faire partie de ce que vous appelez si bien un "nous".
Merci encore de votre article.

Écrit par : Mère | 15/04/2009

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