26/09/2008

intégration et associations : faire pour ou faire avec ?

Il faut constamment rappeler que l'intégration n'est pas à sens unique. C’est pourquoi, dans la mesure où le choix des termes a une valeur au moins symbolique, je regrette que nous ayons dans les cantons des "Délégués à l'intégration des étrangers" et non des Bureaux pour promouvoir l'intégration entre Suisses et immigrés. L'intégration est vouée à l'échec si nous voulons faire "pour" les étrangers ou "pour" les femmes. Elle aura quelques chances si nous faisons "avec".

Ce « faire avec » devrait aussi caractériser les relations entre l’Etat et les associations. Aujourd’hui il me semble constater une méfiance de certaines autorités et de certaines administrations envers le travail associatif. Depuis quelque temps, nous assistons à une inflation d'évaluations et de contrôles qui détournent l'énergie et les modestes moyens de ces associations de leurs actions prioritaires. Les subventionnements sont utilisés pour guider leurs choix à partir de concepts d’efficience et de rentabilité qui risquent fort de les priver de la créativité et de la souplesse nécessaires pour pouvoir s’adapter rapidement aux problématiques nouvelles.

Je suis le premier à trouver normal que les partenaires qui soutiennent le travail des associations puissent avoir l’assurance d’une bonne utilisation des fonds mis à disposition et d'une saine gouvernance. Des améliorations peuvent être apportées dans ces domaines, à condition de garder la mesure et de faire ce qui est nécessaire dans les contacts pour maintenir une relation de confiance et de vrai partenariat. Les associations ne doivent pas être réduites à des prestataires de services; il convient de reconnaître plus largement leur génie propre et leur rôle d'acteurs dans le développement de liens sociaux et d'engagements citoyens.

La Constituante sera aussi une occasion de redessiner les relations entre l'Etat et les nombreuses associations œuvrant dans le canton de Genève. Nous sommes nombreux à penser que cette collaboration est essentielle pour pouvoir faire face de manière complémentaire aux différents défis du monde actuel.

 

Commentaires

Cher Monsieur Gardiol,

Soyons clairs, une fois pour toutes : placez-vous les Eglises parmi les associations qui devraient être reconnues par l'Etat ?

Écrit par : yves scheller | 27/09/2008

Cher Monsieur Scheller,
Pour être clair j'affirme, en tant que candidat hors-parti sur la liste socialiste-pluraliste, être en faveur d'un article constitutionnel sur la laïcité de la République et Canton de Genève. Un tel article n'existe pas dans la Constitution actuelle. Cette laïcité doit maintenir la neutralité de l'Etat en la matière, signaler que la liberté de croyance (impliquant aussi la non-croyance) et la liberté de cultes sont garanties.
Les Eglises et communautés religieuses organisées sous forme d'associations sans but lucratif peuvent, comme toutes autres associations, être reconnues d'utilité publique si elles remplissent les conditions réglementaires et pour autant qu'elles acceptent l'ordre constitutionnel suisse et genevois.
Je vous fait aussi remarquer qu'il existe des règles au niveau suisse ou européen qui accordent le droit à des personnes se trouvant dans des établissements publics (hôpitaux, lieux de détention, etc.) de pouvoir exercer leur religion et d'avoir accès aux aumôniers pendant leur séjour dans de tels lieux. Cela nécessite des conventions entre l'Etat ou ces établissements publics et les communautés religieuses concernées.

Écrit par : Maurice Gardiol | 29/09/2008

Cher Monsieur Gardiol,

Très heureux de vous voir favorablement disposé quant à un article constitutionnel sur la laïcité. Il va de soi qu'il consistera à maintenir la neutralité de l'Etat en matière non seulement de religion, mais aussi de convictions en général (curieusement, on oublie toujours de signaler, en effet, que les athées constituent la 3ème famille de pensée de Suisse, à 11% selon le recensement 2000, avant les musulmans - 4,5%), l'Eta laïque (et non "laïc") n'étant pas athée du seul fait qu'il est séparé des Eglises. Il est également incompétent et indifférent en matière d'athéisme, et de morales en général. Il va non moins de soi qu'un Etat laïque ne saurait reconnaître aucun culte, ni le salarier...

Cela suppose aussi de solides interventions en matière de liberté d'expression et de protection de la sphère privée, notamment vis-à-vis de la presse (instructions d'affaires pénales, notamment). Sans oublier la défense des services publics comme propriété du "laos", c'est-à-dire de l'ensemble des citoyens indépendamment de leurs "appartenances". En somme, la défense de la république. Et, ça tombe bien, les sectateurs du marché semblent avoir un peu de plomb dans l'aile.

Maintenant, pour ce qui concerne la déclaration d'utilité publique, j'ai des doutes. En effet, quelle est l'utilité publique des Eglises, qui n'appartiennent qu'à quelques-uns, quand bien même elles sont engagées dans certaines actions sociales ? Diffuser la bonne parole est-il d'utilité publique ? A Genève, on a reconnu d'utilité publique les Eglises protestante et catholique subrepticement, à l'été 2000, sans discussion. C'était sous l'ère Segond, cet excellent radical (James Fazy a dû se retourner dans sa tombe) qui est le premier à avoir créé le précédent des carrés confessionnels (ici, musulmans) au cimetière du Petit-Sacconnex, en l'échange il est vrai d'un investissement du roi Fahd d'Arabie saoudite. M. Tornare, socialiste, a ensuite pris le relais sur ce thème.

Mme Brunschwig Graf, libérale, a fait encore mieux, en accordant la reconnaissance d'utilité publique aux fondations gérant la mosquée du Petit-Sacconnex à l'été (encore) 2004, juste après une opération de propagande islamiste saoudienne nommée "Tente du dialogue" au parc Trembley.

Là aussi, quelle est l'utilité publique d'une mosquée?

Rappelons que cette reconnaissance s'accompagne de substantielles réductions d'impôts...

Écrit par : yves scheller | 29/09/2008

Ah, pardonnez-moi, j'avais oublié une chose : pourriez-vous nous certifier que le PS est aussi pour un article constitutionnel sur la laïcité ? En dépit de la drague intensive qu'il subit sans en être trop effarouché de la part des milieux islamistes de Meyrin et d'ailleurs ?

A vous.

Yves Scheller

Écrit par : yves scheller | 29/09/2008

Si cela peut vous rassurer, je vous confirme que la défense de la laïcité fait partie de la feuille de route à laquelle tous les candidats de la liste socialiste-pluraliste ont adhéré.
Mais peut-être pourrions-nous passer à autre chose. Quelle que soit l'importance de cette question, il y en a bien d'autres qui méritent l'attention des futurs constituants et de la population genevoise !

Écrit par : Maurice Gardiol | 30/09/2008

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