25/09/2008

Calvin à la Constituante

Les 80 membres qui seront élus à la Constituante commenceront leurs travaux début 2009. C'est aussi l'année où Genève fêtera les 500 ans de la naissance de Jean Calvin.

D'une certaine manière il a été à un inspirateur de la première Constitution de la Genève moderne. Nul doute que si Calvin était candidat le 19 octobre prochain, il aurait à coeur de soutenir ce qui dans cette Constitution favoriserait l'équité, l'éducation, la justice sociale et une saine complémentarité entre les diverses autorités et institutions qui ont des responsabilités dans la Cité.

En apprenant qu'aujourd'jui certains patrons se permettent des salaires de plusieurs millions, il rappellerait certainement à ceux-ci qu'ils outrepassent leurs droits et qu'ils contreviennent gravement à leur vocation. A la manière de ce qu'il disait alors dans l'un de ses sermons (que je transcris quelque peu en langage de notre temps):

"... Dieu veut éprouver l'attention que nous avons les uns à l'égard des autres, et c'est pourquoi il veut que les riches ne soient pas comme des bêtes sauvages pour dévorer et maltraiter les pauvres, pour leur sucer le sang et la substance, mais que plutôt ils les soutiennent et veillent toujours à l'équité... Car autrement ils sont comme des meurtriers, quand ils voient leurs prochains défaillir et cependant n'ont point la main ouverte pour subvenir à leur détresse..." (Sermon XLIV, cité par André Biéler dans "La pensée économique et sociale de Calvin", p. 340)

C'est aussi la raison pour laquelle Calvin considère que l'accaparement des richesses et les salaires injustes sont des sacrilèges:
"N'y a-t-il point une plus grande cruauté que de frauder les pauvres gens du fruit de leur labeur... Si un riche tient le bec en l'eau (comme on dit) à un laboureur ou à un manoeuvre, après avoir abusé de son travail, c'est quasi lui couper la gorge, en le privant du nécessaire..." (Commentaire sur les livres de Moïse, ibid. p. 418)

Maurice Gardiol

Commentaires

Calvin... celui qui a envoyé Servet au bûcher... Je ne vois pas quel genre d'humanité on recherche encore chez lui... Ah oui c'est vrai, au procès de Servet il a demandé que celui-ci soit décapité plutôt que brûlé... Sinistre personnage... Quelle modernité aller encore chercher chez ce Taliban?... Qu'il fasse partie des archives de la théologie, soit, je ne crois pas qu'il soit contournable, mais le garder en vie en applicant ne serais-ce qu'une dose oméopathique de sa pensée, beurk... Celà ne mène qu'à des justifications hypocrites, autant citer Torquémada au panthéon des humanistes...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 25/09/2008

Franchement parler de résistance et d'ouverture en citant Calvin, vous auriez mieux fait de mentionner Jacques Gruet, lui était un authentique résistant au système de pensée liberticide instauré par C. Vous ne pouvez pas vous prétendre progressiste en mettant l'accent sur cet infâme personnage... Mais bon, je sais, les genevois lui vouent un culte éternel et sa légende semble indétrônable. Moi j'aime trop la musique et le libre arbitre pour avoir un quelconque intérêt pour sa pensée sclérosée. Changez le nom de votre blogue, ce sera plus cohérent..

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 25/09/2008

Calvin a été un dictateur, un fanatique religieux, qui non seulement a fait condamner Michel Servet (bonjour la Servette!), mais l'avait fait dénoncer aux autorités catholique de Vienne en France voisine. Un parfait hypocrite qui n'a pas osé attaquer Michel Servet personnellement, mais a utilisé des hommes de paille. Quelle lâcheté, quelle hypocrisie! C'est une honte pour Genève de commémorer Calvin, d'avoir son idole aux Bastions, d'avoir une rue et un collège à son nom. Pourquoi pas une rue Ramadan tant qu'on y est!

Michel Servet ne voulait pas que les enfants soient baptisés. Crime impardonnable pour un salopard comme Calvin.

Écrit par : Johann | 25/09/2008

Cher Monsieur Gardiol,

Personne ne doute un instant que vous soyez une personne sympathique et dévouée à autrui, votre curriculum vitae le montre superlativement.

Pourtant, comme M. de Unamuno, je vous trouve légèrement angélique. Non seulement Calvin a fait des pieds et des mains pour que Servet soit carbonisé (jusqu'à expédier au tribunal ecclésiastique catholique qui était en train de condamner ce malheureux en France certaines des lettres que Servet lui avait envoyées, afin de le charger un peu plus), et donc on frémit à l'idée de ce qu'aurait pu être une constitution inspirée par lui. Aussi, "la main ouverte pour subvenir à leur détresse", à d'autres, s'il vous plaît.

Mais encore, vous ne devriez pas ignorer que ce qu'on appelle "néolibéralisme" est un lointain héritage du protestantisme comme agent primordial du développement du capitalisme. On peut toujours prétendre que Dieu ne veut pas "que les riches ne soient pas comme des bêtes sauvages pour dévorer et maltraiter les pauvres", ça ressemble plus à un exercice de styla qu'à autre chose.

Essayez de lire Max Weber : sortir de la Bible et des bonnes intentions ne vous fera pas de mal...

Par ailleurs, je trouve intéressant que votre aveuglement clérical ait trouvé sa place sur la liste socialiste pour la Constituante. Alors qu’on y trouve aussi un Albert Rodrik, dont les avis sur la laïcité sont certainement à l’opposé des vôtres (normal, M. Rodrik est un ancien élèves des Jésuites, ça aide).

Finalement, on en vient à se demander où en est le PS au sujet de la laïcité, cette question centrale pour nos libertés publiques, et qui sera à n’en point douter l’un des débats importants de la Constituante.

Alors, le PS ? Tendance Rodrik, ou tendance Gardiol ?

Ah, ces courants…

Écrit par : yves scheller | 25/09/2008

Calvin, le retour? Et sponsorisé par un PS en panne d'idées. On aura tout vu ou presque.

Il est peut-être utile de rappeler que Calvin trouva le modèle de sa théocratie totalitaire dans l'Ancien Testament, plus précisément dans la théocratie israélite de l'époque de la royauté (cf Eugène Choisy: "La théocratie à Genève au temps de Calvin"). C'est dire.

René Guerdan le rappelle, très mollement d'ailleurs, page 242, dans son "Genève au temps de Calvin: "Appliquer à une société chrétienne du 16è siècle un système politique et pénal qui avait convenu 25 siècles auparavant, à un peuple sémitique du désert menacé par le paganisme, semble à première vue singulier."

Stefan Zweig, dans une des rares biographies lucides du tyran, nous montre un Calvin terrible, calculateur, sanguinaire, puritain, et j'en passe. Bref, un idéologue de la pire espèce qui durant les 5 premières années de sa dictature fera pendre 13 personnes, décapiter 10, et brûler 35. Un chef religieux et politique dont la terreur, maintenue par une véritable "Gestapo des moeurs", rendra stérile une ville "qui deux siècles durant ne produira ni peintre, ni musicien, ni écrivain de réputation mondiale." Genève devenue "capitale de l'exclusion intellectuelle"...

Il n'est pas inintéressant de préciser que Zweig publia sa biographie de Calvin ("Castellion contre Calvin: conscience contre violence", éditions Le castor Astral, 1977, pour la traduction française) en mai 1936, au moment où en Allemagne une autre dictature se mettait en place, et qui par certains aspects allait étrangement ressembler aux années noires du calvinisme. C'est une analogie qui n'effraie pas S. Zweig.

Pourquoi n'y a-t-il pas à Genève un Collège Michel-Servet et un Collège Sébastien-Castellion"? Ces deux vrais humanistes le mériteraient. Le premier y a laissé sa vie sur le plateau de Champel, le second, persécuté à Genève et dans toute l'Europe par Calvin et sa police, a tout juste échappé au bûcher : ce sont eux que l'on devrait célébrer aujourd'hui, et non l'un des plus grands défenseurs de l'obscurantisme.

Merci d'y songer, Monsieur Gardiol, et d'en faire la proposition à votre parti.

Écrit par : Christian Macherel | 28/09/2008

Je n'ai aucune objection pour ma part qu'il y ait un Collège ou une Rue Michel Servet ou Sébastien Castellion. Calvin n'a jamais revendiqué l'infaillibilité et il a certes fait de graves erreurs qu'il convient cependant de resituer dans le contexte de son époque.

Écrit par : Maurice Gardiol | 29/09/2008

Pour des personnes qui se réclament d'un parti socialiste qui a pour vocation l'humain au coeur de sa politique, je suis très choquée de découvrir le manque de tolérance pour un autre humain dans les commentaires de ce blog. Chaque humain a son histoire, son parcours et surtout s'inscrit dans une époque. Les socialistes n'ont-ils jamais fait d'erreurs dans leur histoire? Comment pouvons-nous jeter la pierre comme dirait l'autre sur une personne qui n'est qu'une personne et qui comme tant d'autres s'est trompé. D'ailleurs Calvin ne l'a-t-il pas lui-même reconnu à la fin de sa vie?...mais pour le savoir encore faudrait-il lui donner cette possiblité et s'intéresser à l'autre. Cette violence que je retrouve dans les commentaires de ce blog ne prouvent-ils pas la violence qui est inscrite en chacun de nous? Alors vous qui placez l'humain au centre dans votre politique prouvez-le aussi dans vos propos!

Écrit par : Karolina | 05/11/2008

Merci à Karolina pour son intervention. Juste une précision: à ma connaissance les personnes ayant écrit les précédents commentaires ne réclament pas du parti socialiste et ce ne sont pas eux qu'il faut mettre en cause.

Écrit par : Maurice Gardiol | 05/11/2008

L'angélisme n'a jamais arrangé les choses: mettre "l'humain au coeur de la politique", voilà justement ce que Calvin n'a pas fait, puisque son régime -tous ses biographes le reconnaissent avec plus ou moins d'honnêteté ou d'hypocrisie - fut marqué par une intolérance dont l'Histoire de l'humanité (une humanité avec des humains au centre, oui, comme au PS...) se serait bien passée.

Chère Karolina (pourquoi d'ailleurs rester anonyme?) , la dimension noblement chrétienne de votre remarque ne m'échappe pas, mais la seule question qui devrait vous titiller, c'est de savoir s'il faut être tolérant envers l'intolérance.

Les propos échangés sur ce blog vous semblent violents? Ah bon...Pour moi, c'est de la saine argumentation. Comme l'écrit Alain Finkielkraut, que vous devriez lire, "le contraire de la violence, ce n'est pas la douceur, mais la pensée." Tâchons donc de penser un peu. Et au PS aussi.

Pour vous Calvin n'était qu'un homme qui a commis des "erreurs", certes, comme nous tous: mais la seule différence entre lui et nous, Karolina, c'est que nous ne prétendons ni détenir la vérité, ni l'imposer par la terreur. Nous avons le droit de faire des erreurs, pas ceux qui détiennent l'absolue vérité, raison pour laquelle, en libres-penseurs, nous avons le droit et même le devoir de les critiquer.

Et, excusez l'anachronisme, Calvin était tout sauf "socialiste", ce qui rend d'autant plus saugrenue l'idée de M. Gardiol de revendiquer l'héritage calviniste pour venir en aide à un PS qui ratisse large, tant il a perdu sa boussole. Il est même assez piquant de rappeler que si le protestantisme a partie liée avec une doctrine politico-économique spécifique, c'est bien avec le capitalisme (voir par exemple Max Weber "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme").

Karolina, à l'époque où Calvin sévissait à Genève, avec toute la violence politique, judiciaire, morale et sociale que les historiens ont depuis lors mis en évidence, (rassurez-vous, il n'était pas seul: Farel, Bèze, Zwingli, Knox, Melanchton, Luther etc n'y allaient pas de main morte non plus), il y avait à côté d'eux, en Europe, des gens comme Erasme, Montaigne, La Boétie, et, à Genève-même, Castellion et Servet, qui tous, avec le courage qui fut le leur, ont défendu l'intelligence et la liberté. Rapprochez-vous de ces derniers, plutôt que de Calvin, car ce sont eux qui ont défendu "l'humain" dont vous vous réclamez.

Précision: je ne suis en effet pas au PS, qui n'en a plus que le nom, je suis bien plus à "gôche"...

Écrit par : christian macherel | 06/11/2008

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