06/11/2018

Jean Mohr sur la planète femmes

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Il y a une dizaine d’années, Jean Mohr avait passé plusieurs mois à CAMARADA, centre de formation pour femmes migrantes, afin de préparer une exposition présentée à la Comédie de Genève pour marquer les 25 ans de l’association. Il a porté un regard plein de tendresse sur ces visages de personnes migrantes montrant au travers de son objectif comment elles s’investissent dans leur parcours d’intégration en lien avec les enseignantes et les animatrices qui les accompagnent. Merci à lui pour ce témoignage qui nous reste et pour toute son œuvre qui est un appel à vivre la rencontre et plus de solidarité.

Maurice Gradiologue, ancien président de CAMARADA

NB: L’exposition est toujours disponible pour les lieux intéressés à la présenter. Elle a aussi fait l’objet d’une publication à disposition à l’Association Camarada.

28/10/2018

Une performance « in-ouïe » : les droits humains présentés aux jeunes par un mime

flyer carlos martinez web2.jpgCe vendredi 2 novembre, le mime espagnol Carlos Martinez, bien connu dans toute l’Europe, évoquera les droits humains au TemPL’Oz Arts à Plan-les-Ouates lors d’une soirée spéciale pour les jeunes. Comme l’écrivait Marc Faessler dans une de ses chroniques du journal Coopération il y a quelques années, il s’agit d’une performance « in-ouïe » : le plus silencieux des langages parvient à faire entendre de quoi il retourne concrètement dans la plus abstraite des Déclarations universelles. Et, il affirme encore après avoir vu ce spectacle : Le silencieux langage du mime s’est fait parole pour tous.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit » dit l’article premier de la Déclaration universelle. Cette affirmation et celles contenues dans les 29 articles suivants sont le résultat d’un constat. Celui-ci est résumé dans le préambule de la Déclaration de la manière suivante : la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme... Il est donc essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Si nous fêtons les 70 ans de cette Déclaration, nous devons aussi constater qu’elle régulièrement remise en question. Certains cherchent à contester son universalité, d’autres s’en prennent aux juridictions qui ont la responsabilité de veiller à sa mise en œuvre, d’autres de manière plus insidieuse encore l’ignore ou relativise la portée de tel ou tel article en leur opposant des arguties juridiques ou de "real politique".

C’est pourquoi il vaut la peine de relire cette Déclaration pour voir à quoi elle nous engage si nous voulons vraiment prévenir les maux qui ont fait tant de victimes hier comme aujourd’hui. C’est aussi pourquoi il faut la faire mieux connaître aux nouvelles générations qui auront la responsabilité de ne pas perdre de vue cet idéal pour leur bien et pour celui des nations.

Toutes les informations sur les spectacles donnée à Genève par Carlos Martinez à la fin de cette semaine: www.templozarts.ch

En ce qui concerne les chroniques de Marc Faessler dans le journal Coopération, elles ont été publiées récemment aux Editions Ouverture sous le titre "Miettes théologiques".

17/09/2018

Des résistants de l'espérance !

agora.jpgEn octobre 1988, dans l’ancienne chapelle de l’Abbaye de Presinge, devenue entretemps un des centres d’hébergement pour des requérants d’asile, a eu lieu une célébration œcuménique pour marquer la création de l’Aumônerie genevoise œcuménique des réfugiés et à l’aéroport (AGORA). Cette mission était confiée par les églises genevoises au pasteur Jacky Corthay, à Sœur Bernadette Porte, à  moi-même et à un Conseil présidé par Rémy Wyler.

30 ans « aux côtés des réfugiés » pour reprendre le titre du premier mémorandum des Eglises suisses en 1985, c’est la démonstration d’un courage, d’une ténacité et d’une fidélité dans une situation où tout pourrait nous entraîner au découragement, à la résignation voire à l’abandon d’une mission « impossible » ! Mais qu’est-ce qui est impossible ? Certes l’AGORA ne peut pas faire des miracles. Mais le mandat qu’elle a reçu l’invite à croire que rester présente sur ce terrain, auprès de femmes, d’hommes et d’enfants confrontés aux incertitudes et aux injustices, garde toute sa valeur.

J’ai retrouvé dernièrement un article que j’avais écrit pour les Nouvelles du Centre Social Protestant en 1993 en lien avec une campagne montée par le canton sur le thème Genève gagne ! Dans une liste de termes déclinés mois après mois pour évoquer le dynamisme de Genève, il y avait la solidarité. Mais elle était mentionnée en queue de liste ! J’avais alors affirmé que nous sommes invités, témoins de l’Evangile ou autres défenseurs des droits humains, à renverser l’ordre des priorités : la solidarité est première ! J’écrivais ensuite : « Elle n’est pas un luxe ou une affaire de bons sentiments. C’est une affaire de survie et une affaire de cœur ! Si l’ensemble de nos comportements personnels, sociaux, économiques et politiques ne sont pas inspirés par la solidarité, Genève ne gagnera pas… La solidarité exige aussi réflexion et action, pas l’une sans l’autre. Le risque est grand de sombrer dans des discours creux ou dans un activisme débridé. Dans un cas comme dans l’autre, le découragement et l’épuisement menacent.

La solidarité se construit à long terme car, en ce monde habité par la course au pouvoir, à l’avoir et au savoir, il faut toujours apprendre à convertir nos regards vers l’essentiel : la rencontre avec l’Autre. C’est dans sa rencontre, au-delà de nos égoïsmes et de nos peurs, que se jouent nos vies. Si nous croyons atteindre le bonheur par le repli et l’accumulation, nous nous retrouverons bientôt barricadés dans nos angoisses et encerclés par la misère de celles et de ceux qui sont à nos portes… »

 Je ne pense pas avoir été entendu par le plus grand nombre. Mais du côté de l’AGORA et dans certains autres lieux on a continué à y croire et à agir en conséquence, en gardant le pied dans la porte et en permettant à un peu de lumière de se répandre sur les visages et dans les cœurs. Merci à ceux qui aujourd’hui sont sur la brèche aux côtés des réfugiés et en compagnie de Celui qui a dit qu’il est venu apporter une bonne nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération, renvoyer libres les opprimés (Luc 4.18-19). Ce n’est pas encore gagné, mais vous êtres des résistantes et des résistants de l’Espérance !

06/09/2018

Quel est le plus important scandale politique de ces dernières semaines dans notre pays ?

Pour ce qui me concerne ce n’est pas ce qu’on appelle « l’affaire Maudet » qui remplit les pages et le temps de nos médias locaux mais bien la décision du Conseil fédéral d’assouplir l’ordonnance sur l’exportation du matériel de guerre ! Pour ce qui est de l’erreur de notre Président du Conseil d’Etat, dans la mesure où il est prêt à en assumer les conséquences et à en tirer les leçons pour la suite, il me semble que nous pourrions éviter de jeter de l’huile sur le feu. J’en connais un qui dirait « Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre ! » et je pense que cette sentence nous invite à un peu de retenue en laissant les procédures prévues dans un Etat de droit se réaliser sereinement.

Par contre l’abus de pouvoir « légal » que s’autorise le Conseil fédéral en matière d’exportation d’armes, facilitant ainsi l’acquisition de matériel de guerre à des pays en guerre civile, me semble inexcusable pour un pays qui est le garant des Conventions de Genève. C’est faire preuve d’une hypocrisie et d’une absence de considérations éthiques qui dépassent l’entendement. En prenant cette lâche décision, la Suisse se rend complice de ceux qui assassinent des centaines, voire des milliers de civils dans les zones sensibles de notre monde. Voici le véritable scandale ! J’aimerais que notre presse et nos blogs l’évoque régulièrement et avec plus de hardiesse pour convaincre nos autorités de ne pas commettre ce crime et encourager notre peuple à se mobiliser pour les dissuader de poursuivre dans cette voie pendant qu’il est encore temps.

02/09/2018

Quelles rites de passage dans un monde sécularisé ?

calendrier 2018-19.jpgDans toutes les civilisations qui nous entourent, ainsi que celles qui ont précédé notre société occidentale post-moderne, les rites de passage jouent un rôle important pour accompagner les étapes de la croissance et de la vie, en particulier des enfants et des jeunes. Ce sont aussi eux qui participent à la transmission d’une génération à l’autre d’un héritage culturel permettant de se situer dans le monde et dans l’histoire. Des repères indispensables pour construire une identité

C’est ce que vient nous rappeler la nouvelle édition du calendrier interreligieux qui vient de paraître pour la période allant de septembre 2018 à décembre 2019. Nous pouvons y découvrir, outre la traditionnelle mention des différentes fêtes religieuses et laïques qui marquent notre calendrier, une présentation richement illustrée de seize rituels choisis dans autant de traditions différentes.

La question que pose aussi ce calendrier, est celle de savoir quels rites peuvent encore trouver leur place dans une société sécularisée. Avec la perte de la pratique religieuse la plupart de ces rituels se perdent aussi. Ce qui fait dire à l’anthropologue Pierre-Yves Albrecht que nous sommes en train de construire une société de « non-initiés », c’est-à-dire une société qui ne parvient plus à sortir de l’enfance et se satisfait plus ou moins des objets qu’elle fabrique et qu’elle consomme. Mais dit-il encore, dans la consommation il n’y a pas de sens. Où pouvons-nous dès lors le trouver ?

Je me souviens aussi de ce qu’écrivait le Dr Paul Tournier dans son livre : L’Homme est son lieu. Il insistait sur l’importance pour chaque être humain d’être enraciné dans un lieu identifiable. Ne serait-ce que pour pouvoir un jour le quitter ! C’est pourquoi, tout au long de cette année, la Plateforme interreligieuse souhaite réfléchir sur ces questions avec toutes les personnes intéressées par ce sujet et ce questionnement. Comment revitaliser les rites de passage de nos diverses traditions culturelles et religieuses ? Est-ce possible d’en inventer de nouveaux ? En lien avec quelles valeurs et quelles perspectives ?

Si vous voulez suivre cette proposition, vous trouverez des informations régulièrement sur le site de la Plateforme interreligieuse: www.interreligieux.ch

18/11/2017

Qui est l'Etat ?

Régulièrement dans les articles de la presse locale, mais aussi dans nombre de communiqués officiels, on parle de l'Etat pour commenter une actualité ou une décision du canton. Or, selon le libellé de l'article 148 de la constitution genevoise "les tâches de l’Etat sont exécutées par le canton et, conformément à la constitution et à la loi, par les communes et les institutions de droit public."

L'Etat n'est donc pas le Canton, mais l'ensemble des collectivités publiques formées par le canton, les communes et les institutions de droit public. Ceci devrait malgré tout fare partie des acquis cinq ans après l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution!

A mes yeux ce n'est pas un détail car la formulation voulue par les constituants précise que l'ensemble des collectivités publiques sont concernées par les droits constitutionnels que doit garantir l'Etat et que c'est ce même ensemble, si possible de manière concertée, qui doit assurer l'exécution des tâches qui lui sont confiées.

Et, en cas de désaccord ou de tension, opposer l'Etat aux communes n'a aucun sens!

01/10/2017

La parabole des géantes

Les voici reparties après avoir enthousiasmé des dizaines de milliers de personnes dans  les rues de notre cité et en avoir fait grogner quelques autres dans les bouchons ou aux arrêts TPG. Pour ma part,  je me suis demandé quel miroir nous tendaient ces deux géantes sympathiques.

La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est que nous avions face à nous, comme des très grandes, une petite fille et une vieille, deux figures féminines et emblématiques de ce qui dans notre monde est considéré comme petit, dépendant et le plus souvent tenu à l’écart voire discriminé. Certes on dit que l’enfant dans notre société de consommation est « roi », mais c’est un « roi-jouet » qui n’est pas toujours considéré comme une personne à part entière. Quant aux vieux, surtout lorsqu’ils deviennent dépendants et fragiles, ils sont de plus en plus regardés comme une charge plutôt que comme une ressource dans une société qui mise tout sur le progrès, l’efficacité et la recherche du profit maximum.

Avec les géantes, les adultes sont des lilliputiens et il y a beaucoup d’hommes qui tirent les ficelles malgré leurs petites tailles. Bien sûr sans eux la petite fille et la grand-mère ne pourraient pas marcher. Mais ce sont eux qui leur disent où aller, que faire, quand se reposer et quand se réveiller. Ces adultes-là sont ceux qui savent et qui dirigent, qui orientent leurs marionnettes comme bon leur semble.

Dans la vraie vie serait-il possible d’inverser quelque peu les choses et faire que ces fils qui peuvent manipuler les autres, puissent être des liens qui relient aux fondamentaux indispensables à une vie apaisée avec les autres et avec le monde ?  L’enfant peut nous apprendre à retrouver l’esprit de confiance, la créativité et un regard débarrassé de tous les préjugés accumulés tout au long de nos existences. La personne âgée, dans la mesure où elle est confrontée à de nouvelles fragilités, à sa finitude et à la mort, peut ,elle aussi, nous apporter une autre vision, une sagesse et un questionnement sur ce qui finalement donne sens à notre vie. Enfin, ces femmes, la petite et la vieille,  nous  interpellent sur sur la contradiction qu’il y a lorsque nous maintenons tant d’inégalités envers elles alors que ce sont elles qui portent et qui donnent la vie.

Tout cela peut sembler un peu tiré par les ficelles ! Mais n’est-ce pas un message que nous pourrions garder de ce week-end pour nous aider à grandir ?

17/09/2017

Les véritables fossoyeurs de vos retraites sont ceux qui s'opposent à la réforme proposée !

Je dis deux fois OUI parce que ce compromis permet réellement de consolider l'AVS et les retraites pour la génération suivante. Nous n'aurons certainement plus jamais les compensations qui sont proposées dans cette réforme si celle-ci est refusée.

Les femmes qui ont de petits revenus ou qui ont travaillé à temps partiel sont prises en compte. Celles qui veulent continuer d'arrêter leur emploi à 64 ans pourront le faire sans perte par rapport à la situation actuelle.

Les personnes de 45 ans et plus qui n'ont qu'une LPP obligatoire ne perdront rien non plus car le taux de conversion à 6,8% est garanti pour eux. Et les plus jeunes, dans la mesure où les cotisations versées, seront un peu plus élevées et augmenteront quelque peu leur capital de retraite, bénéficieront aussi d'une retraite qui équivaut à ce qui est garanti actuellement malgré la baisse du taux de conversion. Par ailleurs la déduction de coordination pour déterminer le salaire assuré sera réduite, ce qui évitera que trop de personnes à temps partiel ne se retrouvent sans 2ème pilier comme c'est le cas actuellement.

Les discours idéologiques qui prétendent que cette réforme se fait sur le dos des femmes et des jeunes s'appuient sur des arguments qui ne tiennent malheureusement pas la route. J'ai co-présidé puis présidé pendant de nombreuses années le Conseil de fondation d'une caisse de retraite et je peux vous assurer que cette réforme, même si elle ne résout pas tout à long terme, permet au moins de redonner des bases saines pour la suite de la réflexion.

Il y a eu depuis 1947 une dizaine de révision de l'AVS. C'est normal car la situation économique et démographique se modifie en permanence. En disant 2 x OUI nous nous donnons une chance de pouvoir poursuivre ce processus en évitant que le premier et le deuxième piliers soient trop affaiblis tout en apportant un réel soutien à celles et ceux qui en ont besoin.

03/04/2017

Se rencontrer et dialoguer pour surmonter nos peurs de l’autre, semblable et différent

Il y a une quinzaine de jours, dans le cadre des rencontres de Carême, catholiques, protestants, musulmans et personnes d’autres convictions ont assisté ensemble au temple de Plan-les-Ouates à une représentation de la pièce « Pierre & Mohamed » .[i] Elle parle de l’amitié qui liait Pierre Claverie, évêque d’Oran, et son jeune chauffeur musulman, Mohamed. Tous deux ont été tués par une bombe placée à la porte de l’évêché en mars 1996.

 Ce texte nous rappelle des paroles fortes de Pierre Claverie qui gardent toutes leur actualité. Lui qui avait passé son enfance en Algérie est amené à se poser la question pourquoi, durant toute son enfance, « étant chrétien – pas plus que les autres – fréquentant les églises – comme d’autres – entendant des discours sur l’amour du prochain, jamais je n’avais entendu dire que l’Arabe était mon prochain. Peut-être l’avait-on dit, mais je n’avais pas entendu. Alors je me suis dit : désormais, plus de murs, plus de fractures. Il faut que l’autre existe, sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet…

Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive…

… J’ai acquis la conviction personnelle qu’il n’y a d’humanité que plurielle et que, dès que nous prétendons posséder la vérité ou parler au nom de l’humanité… nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion. Nul ne possède la vérité, chacun la recherche…  Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu, mais je n’ai pas la prétention de le posséder, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu. On ne possède pas la vérité et j’ai besoin de la vérité des autres…

C’est animé de cette même conviction que nous préparons à Plan-les-Ouates, en lien avec la Plateforme interreligieuse de Genève, une nouvelle rencontre interculturelle et interreligieuse le samedi 20 mai prochain. Elle fait suite à un rallye vécu l’année dernière déjà qui nous a permis de découvrir la richesse de nos diversités au sein d’une cité en plein développement. Associations culturelles, folkloriques, musicales ou sportives, au même titre que les communautés religieuses, animent la vie d’un quartier, d’une région et il est bon de susciter des rencontres pour construire des ponts, faire tomber des murs et tisser les liens du vivre ensemble.

Certains pensent que dialoguer avec des personnes d’autres convictions ou d’autres religions serait un signe de faiblesse. Au contraire je sais que pour celles et ceux qui s’y engagent, c’est au contraire un signe de force, car ils sont suffisamment bien dans leurs propres convictions pour ne pas craindre d’accueillir et de mieux connaître les autres. Distiller la peur, la rumeur et la haine rendent impossibles des rencontres apaisées et l’écoute les uns des autres. Cela fait  au contraire le lit de l’exclusion, de la discrimination et de la radicalisation. Sachons ne pas tomber dans le piège qu’ils nous tendent et, comme l’affirmait Albert Camus : « L’honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous-produits. »[ii]

 

[i]  écrite par Andrien Candiard et créée en 2011 au Festival d’Avignon

[ii] in Actuelles : Ecrits politiques, Gallimard 1950, p. 182

 

06/11/2016

Des jeunes s’engagent pour le dialogue et le respect dans une société multiculturelle et plurireligieuse

En marge des manifestations qui ont marqué le lancement des festivités du 500ème anniversaire de la Réforme initiée par Martin Luther, des jeunes de diverses origines et convictions ont animé jeudi soir dernier sous tente plantée à la Plaine de Plainpalais un événement porteur d’espoir. Malgré, ou à cause de leurs différences, qu’ils soient juifs, chrétiens, musulmans ou habités par d’autres croyances et convictions, ils ont souhaité se rassembler pour débattre et faire la fête ensemble.

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04/09/2016

L'inculture, source de violence et de radicalistion

Prévenir la violence et la radicalisation, voici bien un sujet d’actualité au vu des événements tragiques qui depuis des mois ensanglantent l’actualité proche ou plus lointaine.  Les violences commises, qu’elles soient dans le cadre domestique ou dans l’espace publique sont le plus souvent la reproduction de violences subies physiquement ou psychologiquement, mais aussi d’une inculture, y compris éthique et religieuse, d’une absence de repères et d’intégration. Dans l'émission "Faut pas croire" de la RTS ce week-end, le psyhiatre Panteleimon Giannakopoulos a affirmé: "Aujourd'hui la perte de sens joue un rôle très important dans la création de la nouvelle monstruosité." Nous sommes tous concernés et nous devons aussi nous préoccuper de cette question dans nos cités, en particulier dans le cadre de notre action sociale et culturelle.

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30/07/2016

Un pacte interreligieux pour le 1er août 2016

En ce jour de fête nationale, nous nous souvenons que l’adage « Un pour tous, tous pour un » est aussi une des devises de la Suisse. C’est pourquoi dans ces moments où la folie meurtrière de quelques-uns, instrumentalisés par des forces destructrices qui abusent de références religieuses, sème la terreur et la mort, nous voulons réactualiser le Pacte confédéral du 1er août 1291 de la manière suivante :

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24/05/2016

Au-dela des différences, oser la rencontre!

Flyer rallye Plan-les-Ouates - web.pngSe rencontrer plutôt que s’éviter, apprendre à mieux se connaître plutôt que s‘ignorer, découvrir ce qui se vit dans différentes cultures ou traditions plutôt que d’en rester à des préjugés nourrissant certaines peurs, voici ce qui a motivé un projet de rallye interculturel et interreligieux qui aura lieu ce dimanche 29 mai à Plan-les-Ouates.

Expérimenté une première fois l’automne dernier dans le quartier des Pâquis, il a intéressé les autorités et de nombreuses associations de Plan-les-Ouates qui ont souhaité pouvoir l’adapter au contexte de cette cité suburbaine en plein développement.

Dans une actualité marquée à la fois par de nouvelles migrations ou par les débats sur la place du religieux dans l’espace public, ce rallye vient proposer une démarche conviviale et festive apte à nous ouvrir à l’autre différent et pourtant tellement semblable.

Dès 13h30, un parcours est proposé depuis la Salle Communale de Plan-les-Ouates, sur la Place des Aviateurs et autour de la route de Saint Julien, visitant les différents partenaires du projet, avec des postes thématiques et ludiques pour découvrir la richesse de nos traditions d’ici et d’ailleurs. Diverses animations, de la musique, entre autre les Bands de la Musique municipale de Plan-les-Ouates et le choeur « les Chants de la Terre » accompagneront ce rallye piéton. Un buffet interculturel conclura cet après-midi festif.

 Entrée libre et gratuite pour petits et grands !

www.interreligieux.ch/rallye

30/04/2016

Chez moi, partout où un chez nous est possible !

emiliano.jpgJe profite de ce samedi après-midi grisâtre et froid pour écouter le magnifique disque enregistré par Emiliano Gonzalez, Mathilde Etienne, et quelques autres excellents musiciens et chanteurs de leurs amis pour le spectacle Te recuerdo qui a été présenté il y a quelques jours au Forum Meyrin. Quels beaux arrangements et quelle belle interprétation de ces chants de Victor Jara cruellement torturé et assassiné par les troupes de Pinochet en 1973!

Et je lis en les écoutant l'essai de Marion Muller-Colard "Le complexe d'Elie, politique et spiritualité" (Editions Labor et Fides)l. Une citation de l'auteure retient mon attention et fait écho à cette musique:
"... au fond de moi une évidence: on pourra bien se poser des questions de territoire et de propriété, de privé et de public, on pourra avoir un chez-soi et le courage de le quitter, la frontière ne sera jamais si hermétique qu'elle n'y paraît. En vérité, je me sens chez moi partout où un chez nous est possible... (p. 35)

Une enfant d'Alep disait hier soir en pleurs devant sa maison détruite par les bombes: "Qu'est-ce que je vous ai fait?". Cette vérité du "chez nous" ne nous permettrait-elle pas d'avoir un autre regard sur nos vies et nos engagements? Ne vous amènerait-elle pas à vivre de nouvelles solidarités avec les réfugiés qui n'ont plus de chez soi à cause des marchands de guerre?

23/03/2016

Que pourrions-nous dire qui n'a déjà été dit?

Que pourrions-nous dire qui n'a déjà été dit?
Quelle prière qui n'a déjà été faite ?
Quel silence qui n'a déjà été vécu ?
Quel cri qui n'a déjà été entendu?
Quelles larmes qui n'ont déjà coulé?

Etienne Barilier cite dans un récent article une phrase de Montesquieu dans son Esprit des lois: "Il faut toujours faire honorer la divinité, et ne la venger jamais." Et il poursuit en disant: "Venger Dieu" est un contresens, d'abord parce que c'est une conception bien puérile, humaine et trop humaine... mais surtout parce qu'un Dieu digne de ce nom ne cherche pas la "vengeance"... Quelle honte pour nous, d'imaginer un Dieu qui soit à l'image de nos sentiments les plus bas!... Un Dieu qui se venge est donc une idiotie doublée d'une infamie..."

Avec en plus, pour conséquence d'une telle ineptie, tant de victimes innocentes de par le monde.

Certes il y a des injustices qui créent des rancœurs, des rejets et il convient de traiter le mal à la racine par des politiques socio-éducatives sachant prendre en compte ces réalités plutôt que de laisser ces situations se pourrir. Rien de pire pour que la haine s’immisce dans les cœurs et qu'ensuite des manipulateurs de consciences et de "mauvaise" foi s'en saisissent.  Car poser des bombes, ce n'est pas résister ni combattre pour la justice. C'est juste tuer ce qu'il y a de plus sacré aux yeux même de Dieu: la personne humaine.

04/11/2015

Vernissage expo calendrier interreligieux

WP_20151103_21_18_19_Pro.jpgMardi 3 novembre a eu lieu à l'Espace Fusterie le vernissage de l'exposition consacrée aux 20 ans du Calendrier interreligieux de Genève, en présence de près de 200 personnes et des autorités du Canton et de la Ville de Genève.

Madame Esther Alder, Maire de la Ville de Genève et Monsieur Pierre Maudet, Conseiller d'Etat, en charge du Bureau de l'Intégration, ainsi que Monsieur Sami Kanaan ont prononcé des allocutions remarquées. Le Conseiller d'Etat a annoncé le très prochain dépôt d'une loi sur la laïcité qui prendra en compte la reconnaissance des communautés religieuses et du rôle qu'elles peuvent jouer de manière constructive dans la Cité.

Madame la Conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta était aussi présente pour cette partie officielle de la soirée lors de laquelle le Professeur Jean-Claude Basset a rappelé les origines du calendrier interreligieux, son développement et son avenir. Monsieur Yves Dutoit, directeur des Editions AGORA qui publient le calendrier a également présenté le projet pédagogique qui soutient ce projet.

Après un buffet préparé par les différentes communautés membres de la Plateforme, la soirée s'est terminé par un magnifique concert interculturel.

Pour plus d'informations, voir www.interreligieux.ch

02/11/2015

Manifestation méditative pour la Terre

24meditation.jpgCela n'a pas fait la "une" de la Tribune de Genève et pourtant plusieurs centaines de personnes ont participé dimanche dernier aux 24 heures de méditation pour la Terre en lien avec le Rassemblement mondial qui a eu lieu dans plus de 50 pays pour témoigner que la Terre est sacrée à un mois de la Conférence sur le climat (COP 21).

Tout a commencé sous le chêne millénaire du jardin botanique où Philippe Roch et le Rabbin Marc-Raphaël Guedj ont accompagné de quelques paroles de sagesses une première méditation. Ensuite rassemblés à la Place des Nations aux sons de la flûte de pan de Michel Tirabosco, les méditants on marché jusqu'au Temple de la Fusterie où les temps de méditations, de musiques et de tables rondes se sont poursuivis toute l'après-midi, la soirée et la nuit jusqu'au lundi matin.

J'ai été impressionné par la force paisible de ce rassemblement, ouvert à la diversité des démarches de méditation, qu'elles soit proposées par des "guides" spirituels ou par des enseignant-e-s ou des pratiquant-e-s d'autres formes d'approches telles que le développement de la pleine conscience. Se sentant concernés par l'avenir de notre planète, les uns et les autres ont démontré que la méditation ne s'opposait pas à l'action et qu'elle était au contraire un support indispensable pour enraciner nos actes et leur permettre de trouver les sources nécessaires pour les soutenir durablement.

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31/08/2015

Le calendrier interreligieux fête ses 20 ans

C’est sur une idée de la Plateforme interreligieuse de Genève qu’a été lancée en 1995 la première édition du calendrier interreligieux. La publication annuelle du calendrier est réalisée depuis lors par les Editions AGORA de Lausanne (anciennement Enbiro). En collaboration avec les Départements de l’instruction publique (à la notable exception de Genève !), ces éditions produisent et promeuvent des moyens pour l’enseignement dans le cadre des cours d’éthique et de cultures religieuses tels que défini dans le Plan d’étude romand.

A Genève, la Plateforme interreligieuse continue à collaborer avec ces éditions, en particulier pour la diffusion du calendrier dans notre canton. C’est un outil magnifique pour apprendre à mieux connaître la diversité culturelle et religieuse et cela concerne un public bien plus large que le seul milieu scolaire.

Pour  son 20e anniversaire le calendrier qui vient de paraître  nous  convie  à un véritable tour du monde des fêtes religieuses et civiles! Illustré par  de magnifiques photos, le calendrier 2015-2016 «Un monde en fêtes» montre la riche diversité culturelle et l’universalité des pratiques festives. Il est complété par un dossier de 56 pages rédigé par d'éminents spécialistes – qui présente de manière didactique et attrayante les calendriers des traditions religieuses de l’humanité ainsi que leurs principales fêtes.

Et pour qui voudrait retrouver les thèmes explorés ces dernières années, découvrir diverses ressources pédagogiques ou encore s'abonner pour être informé par courrier électronique des dates des fêtes à venir, rendez-vous sur le site internet accessible via un code personnel.

En lien avec ce calendrier, la Plateforme va organiser diverses manifestations, en particulier pendant la semaine suisse des religions en novembre prochain. Pour promouvoir la diversité et le dialogue interculturel et interreligieux, il est indispensable de pouvoir se rencontrer, mieux se connaître dans un respect qui va au-delà d’une simple tolérance plus ou moins polie et qui ne doit pas empêcher de pouvoir s’interpeller de manière sérieuse et exigeante.

Pour plus d’informations : www.interreligieux.ch

06/04/2015

Plaidoyer pour l’angélisme !

Il arrive bien souvent que lorsque des personnes mènent une action pour défendre des sans-travail ou des sans-logis dépossédés d’un minimum vital, des requérants d’asile déboutés, des Roms rabroués, bien des politiciens sérieux et consciencieux qualifient leurs action d’ « angélisme ». Du point de vue qui est le leur, je peux les comprendre. Ils se doivent de faire preuve de réalisme, de tenir compte des lois et de la majorité de l’opinion publique qui soutient leur détermination. J’aimerais pourtant, en ce lendemain de Pâques, faire un plaidoyer pour l’angélisme.

Dans le récit de la résurrection rapporté par l’Evangile de Matthieu, un ange se trouve assis sur la pierre roulée qui auparavant fermait le tombeau. Comme si cet ange permettait d’éviter que la pierre vienne refermer cette ouverture et écraser l’espérance d’une réalité nouvelle née à l’aube de ce matin-là.

Non pas que cette réalité autre, que Jésus évoquait aussi en parlant du « Règne de Dieu », vienne bouleverser ou transformer du jour au lendemain le quotidien. Elle vient toutefois déranger notre tranquillité et nos certitudes, nous interpeller pour ne pas toujours nous satisfaire d’un légalisme qui ne tient pas compte de ce que peuvent vivre les victimes de violences, d’injustices et de toutes sortes de misères trop souvent induites par des recherches de profits des plus forts et des plus riches que nous sommes. Une autre réalité qui trouve un écho jusque dans le préambule de notre Constitution fédérale : « …sachant que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres… »

L’angélisme ne pourrait-il donc pas nous permettre de retrouver de temps à autre un peu d’humanité dans la froideur de nos raisonnements et de nos décisions ? Nous pouvons bien taxer d’angélisme ou de rêveries Saint-François d’Assise et Sainte Catherine de Sienne, Mère Teresa ou Martin Luther King, le Dalaï Lama ou Florence Nightingale, et bien d’autres encore, connus et anonymes d’hier et d’aujourd’hui, de toutes fois ou convictions, il n’empêche que les uns et les autres ont résisté face à de dures réalités pour tenter d’y mettre un peu de lumière, de tendresse et de dignité. Et nous ne pouvons que leur en être reconnaissants.

Comme le disait Georges Haldas dans une interview parue en 2002 : "Cette vie de résurrection telle qu'elle est ouverte par le Christ, commande une manière d'être qui se prépare maintenant en choisissant de vivre une vie de relations marquées par l'anti-puissance, par l'anti-meurtre, par une manière de vivre bénéfique pour autrui." Encore une vision angélique qui peut non seulement inspirer notre action mais aussi s’opposer aux terroristes fondamentalistes qui instrumentalisent les désespoirs et les religions pour creuser des fosses communes.

16/03/2015

Apprendre l’histoire pour combattre les préjugés

L’exposition BESA, présentée la semaine dernière à la salle du Faubourg et ce dimanche dans les locaux de l’association des musulmans albanophones, nous a permis de découvrir une page d’histoire oubliée : celle de centaines de juifs sauvés de l’extermination par des familles albanaises musulmanes pendant la dernière guerre mondiale, souvent en nh'hésitant pas à mettre leurs propres vies en danger.

Cette exposition a aussi permis des rencontres étonnantes entre rabbins et imams, entre membres des communautés juives et musulmanes, entre habitantes et habitants de Genève qui débattaient ensemble sur les questions du respect, de la solidarité et de l’intégration en cherchant à débusquer les stéréotypes et les préjugés qui trop souvent font obstacles à la rencontre de l’autre. Le concert qui a réuni un pianiste suisse, une chanteuse albanaise et un musicien yiddish a aussi représenté un temps fort de l’exposition montrant à quel point la rencontre des cultures dans leurs diversités peut constituer un enrichissement pour les uns et pour les autres.

Nous avons vu à quel point l’histoire peut nous apprendre à remettre en question les regards que nous pouvons avoir et nous interpeller sur la manière de vivre des solidarités engagées dans notre vivre ensemble. Une démarche à contre-courant de mouvements qui tentent d’instrumentaliser des peurs pour rejeter et exclure. Il conviendrait de mieux faire connaître ces évènements, de faire circuler une exposition telle que celle-ci dans les écoles et d’autres lieux publics pour qu’elle puisse interpeller encore plus largement nos concitoyens et nous aider à changer nos points de vue.

La semaine de lutte contre le racisme qui a lieu cette semaine est aussi l’occasion de faire une telle démarche et des rencontres constructives pour construire notre avenir ensemble.

Plus d’informations sur l’exposition : http://www.besa-expo.ch/expo/?lang=fr

Et sur la semaine contre le racisme : http://www.semainecontreleracisme.ch/fr/programme/geneve/